Il a été dit qu’il n’est pas permis de jurer ni par les anges, ni par la Kaʿba, ni par les prophètes, ni par aucun autre être créé. Si l’on ajoute : « ni même par le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui », il convient alors d’appliquer le raisonnement jusqu’au bout. On a donc soutenu qu’il n’est pas permis de jurer par le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, comme l’affirme la majorité des savants ; tel est l’avis de Mâlik, d’aš-Šâfiʿî, d’Abû Ḥanîfa et d’Aḥmad selon l’une des deux versions rapportées de lui.
Toutefois, certains ont fait exception pour notre Prophète, à l’instar d’un groupe de savants postérieurs, et ont autorisé le serment prononcé en son nom ; c’est l’une des deux versions rapportées de l’imâm Aḥmad, choisie par quelques-uns de ses disciples, tels le Qâḍî Abû Yaʿlâ et ses partisans, en la restreignant à son cas. D’autres ont étendu cette exception à l’ensemble des prophètes ; tel est l’avis d’Ibn ʿAqîl dans son ouvrage « al-Mufradât ». Néanmoins, l’opinion de la majorité est la plus correcte (1), car l’interdiction vise le serment prêté par toute créature, quelle qu’elle soit, de même que l’interdiction de vouer un culte à une créature, de la craindre, de se confier à elle ou de la placer au même rang qu’Allah. Cette interdiction englobe donc toute créature : notre Prophète, les autres prophètes, les anges et tout autre être.
Il en va de même pour le serment formulé en leur nom ; quant au vœu (nadhr) adressé à leur intention, il est plus grave encore que de jurer par eux, et accomplir un pèlerinage à leurs tombeaux est plus grave que de jurer par eux et de leur faire un vœu. Il en est de même pour le voyage entrepris afin de visiter les tombes et pour la réduction de la prière au cours d’un tel voyage.
Les disciples de l’imâm Aḥmad ont, à ce sujet, quatre avis :
– Première opinion : on raccourcit la prière, absolument, dans tout voyage entrepris pour visiter des tombes ;
– Deuxième opinion : on ne la raccourcit jamais dans ce cas ;
– Troisième opinion : on la raccourcit uniquement lors du voyage visant la visite de la tombe de notre Prophète ;
– Quatrième opinion : on la raccourcit pour la visite de sa tombe – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui – et pour la visite des tombes des autres prophètes.
Ceux qui ont fait exception pour notre Prophète expliquent cela en disant que le voyage est dirigé vers sa Mosquée, et cela est légiféré et recommandé par consensus ; on y raccourcit donc la prière. En revanche, le voyage vers la tombe de tout autre n’est entrepris que pour cette tombe en tant que telle. Certains l’excluent aussi de la règle générale, comme on l’a déjà fait dans la question du serment ; puis quelques-uns ont pensé que la cause en est la prophétie et ont étendu la dérogation à tous les prophètes. Or, la position correcte est que l’exception concernant le voyage vers sa tombe n’existe que parce qu’il s’agit, en réalité, d’un voyage vers sa Mosquée – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui.
Les gens se divisent ensuite en plusieurs catégories :
- Ceux qui entreprennent le voyage légiféré vers sa Mosquée ; lorsqu’ils y parviennent, dans cette Mosquée attenante à la maison où se trouve sa tombe, ils accomplissent ce qui y est prescrit. Ce voyage fait l’objet d’un consensus quant à sa recommandation, et l’on y raccourcit la prière.
- Ceux qui n’ont pour intention que le simple tombeau, sans vouloir prier dans la Mosquée ou sans y prier effectivement ; il est certain que cela n’est pas légiféré.
- Ceux qui visent les deux choses à la fois ; ce cas n’a pas été évoqué dans la réponse, laquelle ne concernait que ceux qui ne voyagent que pour la seule visite des tombes des prophètes et des vertueux.
Il y en a aussi qui ne visent que la tombe ; toutefois, lorsqu’ils arrivent à la Mosquée, ils y prient. Ceux-là sont rétribués pour ce qu’ils ont accompli de légiféré, telle que la prière dans la Mosquée, l’invocation des bénédictions sur le Prophète – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, les salutations qui lui sont adressées, ainsi que les invocations, les louanges, l’amour et l’allégeance qu’ils lui vouent et l’attestation de sa mission prophétique.