On peut y répondre de plusieurs manières ;
La première :
Le même raisonnement devrait s’appliquer à celui qui voyage vers des mosquées pour y prier – tel celui qui part d’Égypte pour le Shâm afin de prier dans la mosquée de Damas, ou qui quitte le Shâm pour prier dans la mosquée d’Égypte. Ce voyage est réprouvé, ou tout au moins non recommandé, selon les imams ; pour Mâlik et la majorité de ses disciples, il s’agit d’un voyage de désobéissance. Conformément à ce hadith, la plupart des juristes estiment qu’on n’y abrège pas la prière. L’auteur l’a donc mis sur le même plan que le voyage visant à ôter des vies.
La deuxième :
Lorsque des interdits relèvent d’une même catégorie, le polythéisme est certes illicite et le simple regard concupiscent l’est aussi ; il ne s’ensuit pas pour autant qu’il faille assimiler la mécréance aux simples désobéissances, ni les grands péchés aux péchés véniels.
La troisième :
Il se peut au contraire que le « pèlerinage » vers les tombes soit plus grave encore que l’homicide et constitue un polythéisme qui fait sortir de la religion. Nombre de ces gens estiment en effet que se rendre à la tombe d’un shaykh, d’un imam ou d’un prophète est meilleur que le ḥajj ; ils l’appellent « le grand pèlerinage », et leur crieur proclame : « Qui veut accomplir le grand pèlerinage ? », c’est-à-dire le voyage visant la visite de certaines tombes attribuées à la Famille du Prophète.
Ainsi l’un d’eux dira à son compagnon : « Cède-moi ta visite au shaykh contre tant et tant de pèlerinages », et l’autre refuse. Leurs savants composent des ouvrages décrivant les rites du « ḥajj des sanctuaires », comme l’a fait al-Mufîd b. an-Nuʿmân. Certains se rendent à la tombe du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – puis reviennent sans accomplir le pèlerinage à la Maison Antique, en disant : « Voilà l’objectif recherché. »
D’autres jurent ainsi : « Par le droit du Prophète vers qui les montures se dirigent ! » Certains encore prient en direction de la tombe de leur shaykh, la prenant pour qibla, et affirment : « Voici la qibla des privilégiés, tandis que la Kaʿba est celle du commun ! » J’ai personnellement connu des gens qui ont commis ces pratiques. Ce sont des hommes de dévotion, d’ascèse et de piété, mais entachés d’ignorance et d’égarement ; de même, les moines chrétiens et autres comptent parmi les plus ascètes et les plus assidus dans l’adoration, mais avec ignorance et égarement.
Or Allah – Très-haut – nous a ordonné de dire dans notre prière :
« Guide-nous vers la voie droite, la voie de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits, non de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. » (al-Fâtiḥa, 6-7)
L’Imam Aḥmad, at-Tirmidhî et d’autres ont rapporté d’après ʿAdiyy b. Ḥâtim que le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit :
« Les Juifs sont ceux qui ont encouru la colère, et les chrétiens sont les égarés. »(1)
At-Tirmidhî a déclaré : « Hadith ḥasan. » Tel est aussi l’avis des pieux prédécesseurs. Ibn Abî Ḥâtim a dit dans son Tafsîr : « Je ne connais aucune divergence à ce sujet parmi les exégètes. »(2)
[Quant à celui qui estime que le voyage vers la tombe d’un shaykh ou d’un imam est préférable au ḥajj, il est mécréant.]
Il est donc manifeste que quiconque tient pour meilleur le voyage vers la tombe d’un shaykh, d’un imam ou d’un prophète que le ḥajj –