de la qiblah et que tu fisses reposer son toit sur les colonnes du portique qui surplombe le minbar ? »
Il répondit : « Sais-tu seulement combien j’ai dépensé pour le mur de la qiblah et pour ces deux portiques ? »
— « Combien as-tu dépensé ? »
— « Quarante-cinq mille dirhams. »
— Certains dirent : « Quatre mille dînars. »
Alors al-Walîd s’exclama : « Par Allah ! on dirait vraiment que tu les as tirés de ta propre bourse ! »
Abû Ghassân dit : « Il nous est parvenu que le mur de la qiblah est resté sur la construction d’ʿUthmân et que nul n’y a rien ajouté. Ce récit nous est pourtant également parvenu, et Allah sait mieux où se trouve la vérité ; toutefois, l’avis le plus solide à nos yeux est qu’il demeure sur l’édifice d’ʿUthmân.
Nous avons de plus entendu dire que ce dont les membres de la famille de ʿUmar discutèrent avec ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz concernait la demeure de Ḥafṣah parmi les appartements. ʿUmar ne leur accorda la petite ouverture (al-khawkha) qu’en raison de la cession de cette demeure. Nous avons aussi entendu certains affirmer qu’ils ne lui cédèrent en réalité qu’un mirbad(1) appartenant à Ḥafṣah, qu’il fit entrer dans la mosquée ; ce mirbad se trouvait derrière son appartement, dans l’angle jouxtant la tombe, du côté du minaret. Ils lui remirent donc ce mirbad et il leur ouvrit la khawkha.
Je dis : L’opinion de ceux qui soutiennent que le mur de la qiblah demeure sur la construction d’ʿUthmân, sans qu’on y ait rien ajouté, est juste ; et ce qui a été rapporté au sujet de l’action de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz est également exact. En effet, ʿUmar ne fit que rebâtir le mur de la qiblah à l’emplacement même du mur d’ʿUthmân, mais il y adjoignit, à l’est, l’espace situé devant la chambre de ʿÂʾishah — c’est-à-dire la demeure de Ḥafṣah. Cette extension vers l’est entraîna une augmentation équivalente du mur méridional, et le mur de la qiblah fut orné bien plus richement que les trois autres murs.
Al-Walîd lui dit alors : « Que ne les as-tu faits tous semblables à celui-là, et que n’as-tu couvert le toit comme le portique qui surplombe la tombe ! » ʿUmar répondit qu’une telle entreprise aurait englouti des sommes considérables.
Abû Zayd rapporta : « Muḥammad ibn Yaḥyâ nous transmit, d’après Muḥammad ibn Ismâʿîl, d’après Muḥammad ibn ʿAmmâr, d’après son grand-père : Lorsque ʿUmar parvint au mur de la qiblah, il convoqua les anciens de Médine — Quraysh, Anṣâr, Arabes et affranchis — et leur dit : “Venez assister à la reconstruction de votre qiblah, afin que vous ne disiez pas plus tard que ʿUmar a changé notre orientation.” Il ne retirait pas une pierre sans en poser aussitôt une autre à sa place.
L’agrandissement opéré par al-Walîd, d’est en ouest, fut de six colonnes ; il ajouta vers le nord, à partir de la colonne carrée qui se trouve auprès de la tombe, quatorze colonnes : dix dans l’esplanade et quatre dans les premiers portiques antérieurs. De la colonne qui précède la carrée, il étendit la construction vers l’est de quatre colonnes, si bien que la demeure du Prophète — que la prière et la paix d’Allah soient sur lui — entra dans la mosquée.
Il apparaît donc clairement que le mur bâti par ʿUmar se trouve à l’emplacement même de celui qu’avait élevé ʿUthmân — le mur actuel —, que l’extension vers l’est fut de quatre colonnes, et que la chambre de ʿÂʾishah, ainsi que ce qui la précédait — à savoir la chambre de Ḥafṣah —, furent incluses dans l’enceinte, où le mur de la qiblah fut également prolongé.
Abû Zayd rapporta — Abû Ghassân ajouta : « Plusieurs notables de la ville m’ont raconté que, lorsque ʿUmar reçut la lettre d’al-Walîd lui ordonnant de démolir la mosquée, il manda plusieurs membres de la famille de ʿUmar et leur dit : “Le Commandeur des croyants m’a écrit pour que j’acquière la maison de Ḥafṣah, située à droite de la khawkha, près de la demeure de ʿÂʾishah, dans laquelle…”
(1) Mirbad : aire où l’on fait sécher les dattes.