[Chapitre : propos concernant l’ouvrage auquel il est répondu]
L’un de nos compagnons m’a fait parvenir un fascicule qu’il dit avoir été rédigé par l’un des juges. L’auteur y traite de la question qui a largement fait parler d’elle : le voyage entrepris vers un lieu autre que les trois mosquées, tel que le voyage pour visiter les tombes – est-il interdit, simplement permis ou recommandé ?
Il s’agit de la même question à laquelle j’avais répondu voici une quinzaine d’années au Caire ; certains la ressortent aujourd’hui, estimant que mon avis contredit le consensus et que le voyage effectué uniquement pour les tombes des prophètes et des pieux équivaut, sans contestation, au voyage unanimement recommandé vers la mosquée de notre Prophète Muḥammad – qu’Allah prie sur lui et le salue. Ce voyage englobe ce qu’Allah a légiféré : se rendre dans sa mosquée, y accomplir la prière, lui adresser les salutations, nourrir amour et vénération à son égard, ainsi que remplir les autres droits qui lui sont dus – paix et bénédictions sur lui – dans sa mosquée fondée sur la piété et attenante à sa tombe – paix et bénédictions sur lui.
Ils ont cru que le voyage pour visiter les tombes de tous les prophètes et des vertueux était recommandé et unanimement approuvé au même titre que ce voyage prescrit, par texte explicite et par consensus, vers la cité du Messager – qu’Allah prie sur lui et le salue –, que l’on l’accomplisse conjointement au pèlerinage ou indépendamment de celui-ci. Or, ce voyage légiféré vers sa ville, établi par le texte et le consensus, n’est pas limité au temps du ḥajj : aux jours de ses califes bien guidés, les musulmans accomplissaient le pèlerinage, regagnaient leur patrie, puis certains engageaient un nouveau voyage vers la mosquée du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue –, car il s’agit d’un acte de culte à part entière, comparable au voyage vers Bayt al-Maqdis ; et le voyage vers la mosquée du Prophète – paix et bénédictions sur lui – est, selon le texte et le consensus, supérieur au voyage vers la mosquée al-Aqṣā.
Ainsi, certains ont pensé que le voyage prescrit n’a pour objet que la tombe et non la mosquée, que celle-ci n’est incluse que de façon accessoire dans le déplacement, et qu’il en va de même pour les tombes des autres prophètes ; d’autres ont même estimé que la simple visite des tombes constitue un voyage légiféré au même titre que le voyage vers les trois mosquées, et certains sont allés jusqu’à prétendre qu’il est supérieur au voyage vers ces trois mosquées. Ils ont même déclaré qu’il est meilleur que le pèlerinage, et que l’invocation auprès des tombes des prophètes et des vertueux l’emporte sur l’invocation dans la Mosquée sacrée, la Mosquée du Prophète, à ‘Arafah, à Muzdalifah, à Minâ, et dans les autres mosquées et lieux sacrés où Allah et Son Messager ont ordonné l’adoration, l’invocation et le rappel.
D’aucuns ont imaginé qu’il existait là-dessus un consensus et que quiconque affirme que le voyage vers un lieu autre que les trois mosquées – qu’il s’agisse de la tombe d’un prophète ou d’un autre – est interdit, ou tout au plus licite mais non recommandé, contredirait l’unanimité. Pourtant, ils ne disposent, pour appuyer leur prétention, d’aucune transmission émanant d’un seul des imâms de la religion jouissant d’autorité au sein de la communauté.