et chacun d’eux possède son gardien ; sa tâche – pour ainsi dire – est, qu’Allah nous en préserve, de « guider » les visiteurs : comment ils doivent s’approcher de tel ou tel tombeau et quelles offrandes votives il leur incombe de présenter.
Un Damasquin m’a rapporté l’histoire suivante : Une femme était venue se recueillir sur la tombe de Jean ﵇ dans la grande mosquée de Damas. Le gardien, qui semblait jouir de quelque lucidité tout en faisant de sa fonction un moyen de subsistance, l’entendit. La malheureuse priait ainsi : « Ô maître Jean, je suis venue solliciter ton intercession pour que notre Seigneur rende la santé à mon fils. » Qu’a donc répondu le gardien, la blâmant ? « Écoute, ma bonne dame : une autre est passée avant toi et maître Jean est parti avec elle, afin de guérir son fils – ou sa fille, enfin bref. » Ces farces polythéistes sont d’une limpidité accablante.
À Alep, il existait – louange à Allah, il a depuis été démoli, non pas par motif religieux mais pour embellir la ville – un tombeau dont le seul nom suffit à illustrer l’égarement des gens : on l’appelait « Qâḍî al-Ḥajât » (le Juge des besoins). On y accourait de partout, surtout les femmes. Si l’une d’elles restait stérile un an, deux ans – qu’Allah en décide ainsi –, on lui disait : « Va trouver le Juge des besoins. » Que faisait-elle alors ? Le tombeau se trouvait, bien entendu, dans l’un de ces sanctuaires dont nous parlons, et la sépulture formait une sorte de bosse surélevée. Satan inspira alors, par l’entremise du gardien, que la femme stérile, si elle montait sur la tombe en effectuant certains mouvements, deviendrait – prétendaient-ils – enceinte « avec la permission d’Allah ». … Plus tard, la vérité éclata : le gardien, usant de ruses, allait trouver ces femmes au jugement faible et leur soufflait : « Il faut absolument que tu passes la nuit ici pour que le Juge des besoins te rende visite. » Persuadées de la véracité de ses propos, elles demeuraient donc sur place cette nuit-là. Or ce seul fait, lié à ce sanctuaire, suffirait au musulman pour se rappeler la parole du Prophète : « Quand un homme se retrouve seul avec une femme, le diable est le troisième d’entre eux. » (1)