Yaʿûq relevait des Hamdân, tandis que Nasr appartenait aux Himyar, plus précisément à la famille de Dhû al-Kalâʿ. Il s’agissait des noms d’hommes vertueux du peuple de Noé. Lorsqu’ils moururent, le diable inspira à leurs gens : « Dressez dans les lieux où ils se réunissaient des effigies et donnez-leur leurs noms. » Ils s’exécutèrent, mais ces statues ne furent pas immédiatement adorées ; ce ne fut qu’après la disparition de cette génération et l’oubli du savoir qu’on se mit à leur rendre un culte. (Hadith rapporté par al-Bukhârî).
Compare ce qui advint au peuple de Noé : au départ, ils n’offrirent aucun acte d’adoration à ces images, puis ils tombèrent dans le polythéisme, la cause en étant justement ces représentations – forme manifeste d’exagération. Observe maintenant ce qui s’est produit, et se produit encore, dans les célébrations du mawlid : ce ne sont pas seulement des voies conduisant au polythéisme, on y trouve le polythéisme même, lorsque l’on invoque d’autres qu’Allah et que l’on confère au Prophète — paix et bénédiction sur lui — certaines prérogatives divines, comme la gestion de l’univers ou la connaissance de l’invisible. Au cours de ces festivités, on entonne des panégyriques prophétiques, au premier rang desquels la Burda d’al-Bûsîrî où il est dit :
Ô le plus noble des créatures, je n’ai personne auprès de qui me réfugier
si ce n’est toi, quand survient le malheur écrasant.
Car de ta générosité proviennent ce bas-monde et l’Au-delà,
et de tes sciences relève la connaissance de la Tablette et du Calame.
Qu’est-il donc resté au Seigneur des serviteurs ? Ce n’est pas là un polythéisme dans