de l’islam, ou toute autre chose qu’il subordonne et rend obligatoire pour lui–même s’il venait à accomplir cet acte. Or, il sait intérieurement – et les gens savent également de lui – qu’il n’entend nullement, en cas d’exécution de cet acte, que l’un quelconque de ces effets se produise : ni le divorce de ses épouses, ni l’affranchissement de son esclave, ni l’obligation de se dépouiller de ses biens, ni l’obligation d’accomplir dix pèlerinages, ni le désaveu de la religion de l’Islam. Il sait, et eux aussi savent, qu’il ne veut absolument pas de ces choses, qu’il réalise ou non l’acte en question ; il se peut, certes, qu’il désire parfois l’une ou l’autre d’entre elles, mais nul ne souhaite jamais que l’ensemble de ces conséquences conditionnelles devienne effectif pour lui.
Chaque fois que le jureur veut renforcer la gravité de son serment, il multiplie ainsi les conséquences qu’il sait, comme les autres, ne pas souhaiter voir s’imposer à lui. C’est pourquoi, lorsqu’on l’invite à se parjurer et qu’il estime que ces conséquences lui incomberaient, il expose l’immense préjudice qu’il subirait si elles devenaient effectives : un tort qu’il ne désire pas, afin d’être excusé de ne pas rompre son serment, tout comme l’on excuse un homme qui sait que, s’il accomplissait tel acte, il serait tué, sa famille et ses biens saisis, et qu’il subirait de terribles tortures.
Il déclare alors : « Si j’accomplis cela, il m’arrivera telle chose ». Dès lors qu’il est établi que la réalisation de l’acte entraînerait le tort qu’il a décrit, on l’excuse de s’en abstenir, même si la survenue de ce tort ne provient ni de son contrat ni de son choix, mais de l’action de celui qui l’opprime et l’agresse lorsqu’il l’accomplit. Il se trouve ainsi contraint de renoncer à l’acte, et les gens excusent le jureur comme ils excusent l’homme contraint, dès lors qu’ils savent (1) que l’acte de l’un comme de l’autre entraîne des conséquences qui leur nuisent et qu’ils savent, tout comme eux, qu’ils ne souhaitent absolument pas ces conséquences, mais qu’ils les ont toujours détestées et les détestent encore.
L’être humain est naturellement disposé à aimer ce qui lui est conforme et à détester ce qui lui est contraire ; il n’est point dans sa nature d’aimer ce qui le contredit ni de haïr ce qui lui sied. Or, il arrive fréquemment que ce qui est détesté et ce qui est aimé se trouvent liés ; il n’est point de chose aimée qui ne s’accompagne d’une chose détestée. Dans ce cas, l’homme pèse alors l’une contre l’autre et accorde la prépondérance à l’un des deux côtés.