C’est pourquoi l’on rencontre (1) des personnes affirmant que ces formules et leurs semblables constituent des serments dans la langue des Arabes aussi bien que chez les diverses nations étrangères — Turcs, Perses, Berbères, Indiens, Abyssins. On retrouve cette tournure dans la parole des musulmans et des mécréants, quand bien même ceux-ci n’en conçoivent pas les effets juridiques tels que les conçoivent les musulmans. On la trouve, de même, chez les savants qui ne considèrent pas que le divorce devienne effectif : qu’ils soient sunnites, chiites, ẓâhirites ou partisans des significations et de l’analogie. Ce procédé se retrouve donc dans le discours de toutes les catégories de personnes, à la différence de la survenue effective du divorce par le serment, laquelle n’existe que chez certains musulmans.
Deuxième point :
Son affirmation selon laquelle « la suspension implique, de façon notoire, la survenue du divorce » est une expression équivoque.
Il y a en effet ici trois questions distinctes :
- Vouloir que le divorce se réalise à l’avènement de la condition, ou, au contraire, en redouter la survenue ;
- Lier la conséquence à la condition et faire de celle-ci la cause nécessaire de cette conséquence ;
- Croire réellement que le divorce se produit à l’avènement de la condition, et il en va de même pour toutes les suspensions.
S’il entend que, pour tout engagement formulé à la manière d’un serment, l’intention que le divorce se réalise lorsque la condition se produit est chose notoire, c’est là pure obstination procédant de l’ignorance ou de l’entêtement. La réalité est tout autre : il n’est personne — érudit ou profane — qui, lorsqu’il revient à lui-même en suspendant son serment, ne ressente au fond de lui une complète aversion pour la survenue du divorce et des autres obligations suspendues, et ne se trouve dépourvu de toute volonté que cela advienne si la condition venait à se réaliser.
Ainsi, lorsqu’on lui dit : « Fais ceci ou cela », au sujet de choses qu’il ne désire pas accomplir, il répond : « Je ne le ferai pas. » On insiste alors auprès de lui, et il jure qu’il ne le fera pas, ajoutant : « Si je fais cela, que mes épouses soient répudiées, que mes esclaves soient affranchis, que tous mes biens soient donnés en aumône, que dix pèlerinages m’incombent, et que je sois innocent… »