Il ne fait donc aucun doute que la vente est valable dans n’importe quelle langue ; il en va de même pour l’adhésion à l’Islam ou la chute dans la mécréance, pour le ṭalāq (divorce) et pour le nikāḥ (mariage), selon l’avis unanime de la majorité des savants musulmans. Seul subsiste à ce sujet un avis isolé, adopté par quelques auteurs tardifs parmi les disciples d’al-Shâfiʿî et d’Aḥmad ; les imâms anciens n’ont jamais rien soutenu de tel, et l’on ne trouve aucune trace de cette exigence ni dans les paroles d’Aḥmad, ni dans celles de la plupart de ses premiers compagnons. On n’y voit pas non plus la désignation obligatoire des deux vocables « ankaḥa » et « zawwaja ». C’est toutefois al-Shâfiʿî qui a posé cette condition, et certains hanbalites postérieurs l’ont suivi, tels Abû ʿAbd-Allâh Ibn Ḥâmid, son collègue le qâḍî Abû Yaʿlâ, ainsi que ceux qui l’ont reçue de lui, comme Abû al-Khaṭṭâb et d’autres (1).
Le fondement invoqué par al-Shâfiʿî – qu’Allâh l’agrée – est que le nikāḥ requiert la présence de témoins, et que le témoignage ne peut porter que sur une formule explicite, non sur une allusion ; en effet, selon lui, l’énoncé explicite doit impérativement être accompagné de l’intention : il ne suffit pas de se fier à l’indication du contexte, alors que l’intention est intérieure […] (2). Partant, il ne reconnaît comme formulations explicites que ces deux expressions.
Ces prémisses – en tout ou en partie – sont contestées d’après la position originelle d’Aḥmad et de la majorité