Les trois imâms qui ont rapporté un consensus sur la question sont les suivants. Abû Thawr est le plus ancien et le plus éminent d’entre eux ; il a expliqué ce qu’il entendait par le « consensus » qu’il rapporte : « Je ne connais pas de contradicteur. » Quant à Ibn Ǧarîr (1), il a [explicitement] (2) précisé que le consensus qu’il cite n’est autre que l’avis de la majorité. Ibn al-Mundhir, pour sa part, n’a pas mentionné un consensus général, mais seulement le consensus de ceux dont il a conservé la parole. Chacun d’eux, d’ailleurs, emploie cette notion de consensus à propos de questions pour lesquelles on ne connaît aucune prise de position des Compagnons, mais seulement de ceux qui leur ont succédé, et, dans certains cas, sans même qu’il existe un avis des Tābiʿûn, mais seulement de ceux qui vinrent après eux ; par « consensus », ils entendent donc le consensus de ceux qui se sont exprimés sur la question et qu’ils savent s’y être exprimés.
Dès lors, si nous ne disposons que de ce type de transmission provenant de tels savants, nous est-il permis d’affirmer que les plus vertueux des Compagnons et des Successeurs – qu’Allâh les agrée – soutenaient cette distinction erronée ? Et de prétendre que les Compagnons étaient unanimes quant à l’effectivité du divorce assorti d’un serment, alors même que nous ne pouvons l’établir chez trois d’entre eux, ni deux, ni même un seul ; il ressort plutôt de leurs propos qu’ils l’assimilent au serment portant sur l’affranchissement ou sur un vœu. Est-il donc licite, dans ces conditions, de leur imputer une opinion qui impliquerait qu’ils ont commis une grave erreur, et d’affirmer péremptoirement leur méprise sans qu’il existe de leur part la moindre indication en ce sens, mais bien plutôt des preuves contraires ?
En vérité, la seule chose qui permettrait d’affirmer catégoriquement qu’ils se sont trompés dans le cas de l’affranchissement serait de pouvoir affirmer, avec la même certitude, qu’ils étaient tous unanimes au sujet du divorce ; or, tant que cette unanimité sur le divorce n’est pas établie de manière irréfutable ni dûment rapportée d’eux