Deuxième aspect
(1) Quand bien même nous ne trouverions personne ayant rapporté une divergence sur la question, nous n’avons pas, non plus, la certitude que les Compagnons fussent unanimes quant à l’effectivité du divorce assorti d’un serment ; en réalité, rien de tel ne nous est parvenu de la part de l’un d’eux. Or les imâms et savants de l’Islam – qui ont développé, par la grâce d’Allah, d’innombrables ramifications touchant aux serments dans le divorce – n’ont retransmis aucune parole des Compagnons à ce sujet.
[230/b] Certains ont certes rapporté, de quelques Compagnons, des questions relatives au divorce suspendu à une condition ; ainsi Sufyân rapporte-t-il dans son Ǧâmiʿ un récit d’Ibn Masʿûd – qu’Allah l’agrée – (2), et il cite également ʿAlî, Abû Dharr, Muʿâwiya et Ibn ʿUmar – qu’Allah les agrée tous. Certains de ces récits montrent explicitement qu’il ne s’agit pas d’un serment (3), mais bien de l’intention de faire réellement tomber le divorce ; d’autres sont équivoques, bien que le sens le plus évident aille dans cette même direction, et nul d’entre eux ne concerne clairement celui dont l’intention aurait été de prêter serment.
Par ailleurs, nous avons constaté que l’opinion la plus solidement établie parmi les deux qui leur sont attribuées – et dont les partisans sont plus éminents et plus nombreux que ceux du second avis – consiste à prononcer que, pour un vœu ou un affranchissement jurés, il convient de s’acquitter de l’expiation d’un serment (kaffâra). Pourrions-nous alors soutenir avec assurance que ces hommes se sont trompés et affirmer qu’ils sont unanimement d’avis que le divorce juré, tout comme l’affranchissement juré [المحلوف به], prend immédiatement effet (4) ? Or nous ne disposons, pour asseoir une telle prétention, que de la conjecture d’un auteur venu après les trois premières générations ; celui-ci parle d’un « consensus » sans citer un seul Compagnon, entendant simplement par là qu’il ne connaît pas de divergence, tandis qu’un autre vise l’opinion de la majorité, et qu’un troisième entend le consensus de ceux dont il a mémorisé la parole. Ces derniers