Et s’il est allégué que seuls ces Compagnons-là sont d’accord, tout en sachant qu’ils distinguent entre le serment assorti de divorce et celui assorti d’affranchissement, leur parole devient alors comparable à la sienne, et l’on se voit contraint de les juger dans l’erreur quant à l’un des deux avis : soit lorsqu’ils nient l’obligation d’une kaffâra pour le divorce, soit lorsqu’ils l’affirment pour l’affranchissement.
Il ne s’ensuit toutefois pas que leur opinion touchant l’affranchissement soit fautive, à moins que l’effet du divorce conditionné par serment ne soit établi par un texte explicite ou par un consensus des Compagnons de cette époque. Autrement, le simple propos de quelques-uns — qui n’est pas de nature à fonder l’unanimité — ne saurait constituer une preuve de consensus, pas plus que l’aveu de l’adversaire alignant l’affranchissement sur le divorce n’établit l’unanimité. Or rien de tout cela n’existe : ni une telle concession, ni un consensus des Compagnons, ni même l’accord de trois d’entre eux, ni de deux, ni d’un seul ; bien au contraire, ce qui nous est transmis d’eux atteste le contraire.
En l’occurrence, nous n’avons pas à démontrer l’existence d’une divergence entre les Compagnons ; il revient plutôt à celui qui invoque le qiyâs de prouver la règle dans le cas d’origine, soit par un texte, soit par leur consensus. À défaut, l’analogie qu’il avance contre eux devient un argument vicié pour réfuter leur parole selon laquelle l’affranchissement conditionné par serment nécessite la kaffâra d’un serment.
Quiconque maîtrise les preuves légales et en use avec expertise sait discerner les erreurs des gens dans bien des domaines comme les autres ne sauraient le faire ; il perçoit la grandeur du Livre et de la Sunna, la haute valeur des Compagnons, ainsi que la majesté, la perfection, l’harmonie et l’équilibre de la Sharîʿa, à un degré ignoré de quiconque n’en possède pas la maîtrise. Il sait que les Compagnons constituent la meilleure, la plus savante, la plus équitable et la plus jurisprudentiellement clairvoyante des générations, et que toute erreur provient de l’ignorance des hommes, non d’une défaillance dans la transmission ou l’exposé du Messager — qu’Allah prie sur lui et le salue. Il a, en effet, transmis le message de la façon la plus limpide. Qu’Allah prie sur lui, sur sa Famille, et leur accorde une paix parfaite ; qu’Il le rétribue pour nous de la meilleure rétribution qu’Il ait jamais accordée à un Prophète pour sa communauté. Que mon père et ma mère lui soient sacrifiés ! — صلى الله عليه وسلم.