Parmi les spécialistes de la polémique, certains ont distingué entre le refus manifeste et le refus latent. Il ne s’agit là que de divergences terminologiques relatives au jadal, visant à préciser laquelle de ces notions se rapproche le plus du débat légitime dont la finalité est de mettre la vérité en évidence et d’établir sa preuve, tant à l’intention de l’étudiant en quête de direction qu’à l’adresse de l’adversaire qui la nie.
S’il souhaite ensuite établir le jugement du cas d’origine (al-aṣl) au moyen d’une analogie (qiyās), en a-t-il le droit ? Les savants ont, à ce sujet, deux opinions connues, également rapportées dans l’école d’Aḥmad et dans d’autres.
Ceux qui l’interdisent disent : « C’est une longueur inutile, ou un qiyās défectueux. En effet, s’il fonde son analogie, dans le second cas, sur la même ‘illa que celle utilisée pour le premier, il ne fait qu’allonger la discussion ; et s’il recourt à une ‘illa différente, l’analogie devient invalide. »
Quant à ceux qui l’autorisent, certains avancent : « C’est recevable, comme lorsqu’on attribue un jugement à deux causes légales. » Cet argument est toutefois faible, car une condition du qiyās est la communauté de la ‘illa entre le branche (far‘) et l’origine (aṣl). Dès lors que le second aṣl n’a été établi qu’en vertu de la ‘illa du premier, on ne peut en déduire une analogie fondée sur une ‘illa différente, puisqu’on n’y a pas confirmé le jugement par celle-ci.
L’avis correct est cependant que cela est permis. La similitude entre le far‘ et le second aṣl y est en effet plus manifeste ; il est aussi possible de procéder, pour le premier, à un qiyās de ‘illa et, pour le second, à un qiyās de dalāla – et inversement –, ou encore d’établir l’un par la mise en évidence du point commun et l’autre par la levée de la distinction, la ‘illa demeurant unique dans les deux analogies. Il est également valable d’étayer un jugement par qiyās alors que le texte de l’aṣl englobe déjà le far‘, deux preuves convergeant vers une même signification ; il en est donc ainsi ici, où le far‘ est assimilé à la fois au premier et au second aṣl.
En outre, lorsque le jugement de l’aṣl – lui aussi – bénéficie du consensus de la Umma, l’analogie à partir de celui-ci est parfaitement recevable.