« Ijmâʿ ».
Il leur disait alors : « Disposez-vous, à ce sujet, d’une trace ancienne provenant des Compagnons ou des Successeurs ? »
Ils répondaient : « Non. » Il rappelait donc que leur consensus n’était rien ; il s’agit d’une prétention dont on sait que celui qui la formule parle sans science. En effet, lorsqu’on prétend connaître l’ijmâʿ de la Umma à une époque tardive, alors même qu’elle est éparpillée et disséminée, nous sommes absolument certains qu’on ne le sait pas. Si l’on ne possède pour preuve que l’istiqrâʾ – c’est-à-dire le recensement des propos des savants – et qu’on n’y trouve aucune opposition, cela reste limité à l’étendue de sa propre connaissance. Or, la plupart de ceux qui se réclament du savoir n’obtiennent par cet istiqrâʾ ni certitude ni présomption solide, car ils ne connaissent pas les avis de tous les savants, ceux-ci étant nombreux et dispersés. Quant à ceux qui se risquaient à pareille affirmation parce qu’ils avaient consulté la plupart des paroles des savants, ils atteignaient souvent la justesse dans ce qu’ils rapportaient mais se trompaient aussi dans une partie de leurs transmissions ; ainsi, celui qui multiplie (1) la mention d’ijmâʿ dans ces questions conjecturales multiplie ses erreurs, tandis que celui qui se fait plus rare (2) dans l’affirmation d’ijmâʿ y commet moins d’erreurs. Pour ma part, je ne connais personne qui rapporte un consensus dans de telles questions sans que nous ayons constaté, dans les ijmâʿ qu’il relate, l’existence d’un désaccord qu’il n’avait pas discerné.
Quant aux consensus qu’ils rapportent et qui sont authentiques, tu constateras qu’ils sont appuyés par le Livre et la Sunna ; je ne connais aucun ijmâʿ véridique qui ne soit accompagné d’une preuve du Livre et de la Sunna allant dans le même sens, de sorte que celui qui s’oppose à l’ijmâʿ catégorique entre nettement dans la parole d’Allâh – exalté soit-Il :
« Et quiconque contredit le Messager après que la guidée lui a été clairement exposée, et suit une voie autre que celle des croyants, Nous le laisserons dans la voie qu’il a choisie et Nous le brûlerons dans l’Enfer ; quelle détestable destination ! » [An-Nisâʾ, 115].