La question de la muṣarrât (1) ; la prétention de ceux qui invoquent un ijmâʿ selon lequel le témoignage de l’esclave n’est pas recevable – alors qu’Anas ibn Mâlik rapporte [219/a] n’avoir jamais connu personne qui ait rejeté la déposition d’un esclave (2) – ; la prétention de ceux qui invoquent un ijmâʿ affirmant qu’il n’est pas permis de raccourcir la prière pour un voyage de moins de deux jours (3) ; et bien d’autres exemples du même ordre.
Quant à ceux, parmi les gens de science et de piété, qui s’imaginent l’existence d’un ijmâʿ, ce n’est que parce que les traditions exposant la divergence ne leur sont pas parvenues ; ceux-là sont donc excusés. D’autres, en revanche, reçoivent bel et bien des narrations établies, authentiques et reliées, qui contredisent l’ijmâʿ qu’ils imaginent ; ils empruntent alors la voie qu’a suivie cet objecteur : ils se mettent à discuter ces narrations pourtant solides quant à la chaîne et quant au texte, critiquant leur isnâd puis interprétant leur matn, sans disposer d’autre argument que la conjecture mensongère d’un ijmâʿ dépourvu de toute réalité.
C’est pour cette raison que les imâms de la Sunna, tel Aḥmad ibn Ḥanbal, rangeaient ces gens parmi les innovateurs répréhensibles. Il a en effet déclaré, selon le récit transmis par son fils ʿAbd Allâh : « Quiconque revendique un ijmâʿ a (4) menti ; il se peut que les gens aient divergé. Telle est la prétention de Bishr al-Marîsî et de al-Aṣamm. » (5) Or ces deux hommes comptent parmi les plus grands jurisconsultes des Jahmites.
Quant à al-Aṣamm, ʿAbd al-Raḥmân ibn Kaysân (6), il était l’un des principaux shaykhs des mutakallimûn de Baṣra ; il fut le maître d’Ibrâhîm ibn Ismâʿîl ibn ʿUlayya, qui débattait