Il est notoire qu’il est impossible de connaître leur consensus et leurs dissensions qu’après avoir pris connaissance de leurs paroles. Si, toutefois, l’on jugeait que leurs paroles sont inutiles, on ne saurait alors invoquer leur consensus ni même mentionner leurs divergences. Or, si l’on se met à rapporter à la fois leur consensus et leurs différends, il devient indispensable de connaître leurs dires.
Se prévaloir d’un consensus transmis alors que, pour le transmetteur, ce n’est qu’une conjecture dépourvue de science avérée, tout en omettant de rapporter leurs dissensions ─ lesquelles sont soit établies, soit présumées avec une probabilité plus forte que celle de l’inexistence de divergence ─ relève de la conduite des « mutaffifîn », ces fraudeurs qui ne se montrent pas équitables dans la balance du savoir et des notions, balance qui mérite bien plus la justice que celle des biens et des dirhams.
Quant à ce que l’on rapporte de l’un de ses maîtres, qui lui aurait recommandé de s’employer à réunir tout ce qui lui parviendrait comme récits relatifs aux écoles des Anciens, cela prouve que ce maître est excessivement ignorant de ce que les savants ont déjà accompli dans ce domaine et de l’ampleur du sujet. En vérité, les savants ont approfondi cette discipline.
Tous les ouvrages composés par les Anciens relèvent, en effet, de ce domaine : le Muwaṭṭaʾ de Mālik, le Jāmiʿ de Sufyân, le Musannaf d’Ibn Jurayj, de Ḥammād ibn Salama et de Saʿīd ibn Abî ʿArûba ; viennent ensuite les recueils d’ʿAbd Allāh ibn al-Mubārak, d’ʿAbd Allāh ibn Wahb, de Wakîʿ ibn al-Jarrāḥ, d’Hushaym ibn Bashîr (1), d’ʿAbd al-Raḥmān ibn Mahdî et d’autres encore ; puis le Musannaf de ʿAbd al-Razzāq, de Saʿîd ibn Manṣûr et d’Abû Bakr ibn Abî Shayba ; enfin les ouvrages d’al-Shâfiʿî, de Muḥammad ibn al-Ḥasan, d’Aḥmad ibn Ḥanbal, ainsi que ceux des disciples d’Aḥmad : al-Athram, Ḥarb al-Karmânî, Ṣâliḥ et ʿAbd Allāh, les deux fils d’Aḥmad, Abû Bakr al-Marrûdhî et leurs semblables.
Parmi ces auteurs, certains se contentaient de rapporter les traditions à l’état brut : ils citaient les paroles du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue –, des Compagnons et des Successeurs sans y mêler aucune parole ni recherche ; d’autres y ajoutaient, à des degrés divers, quelque commentaire et examen critique.