Dans ce cas, la preuve retenue contre eux est ce texte même sur lequel s’appuient ceux qui leur ont succédé : si les premiers l’avaient connu de leur vivant, il leur aurait été obligatoire de s’y conformer. Autrement, il est inconcevable que les Compagnons aient divergé, puis que les Successeurs aient formé un consensus sur l’une de leurs deux positions sans disposer d’une preuve manifeste qui, connue de ceux qui sont décédés, leur aurait également imposé de la suivre.
Partant, une telle hypothèse est inadmissible dans la question qui nous occupe ; en effet, les partisans de l’avis selon lequel celui qui jure par le divorce, l’affranchissement ou le vœu est inéluctablement engagé (1) ne disposent d’aucun texte décisif levant la controverse. Bien au contraire, l’indication des textes et de l’analogie s’oppose avec la plus grande force et la plus grande clarté à leur position, et tout savant l’admet ; on ne s’excuse que par divergence d’école ou par ce que l’on croit être un consensus.
[208/b] S’agissant de la question d’un consensus des Successeurs sur l’une des deux opinions des Compagnons, la position correcte est que, si un tel consensus se réalise, il faut affirmer son infaillibilité ; car la communauté est, en toute époque, préservée de l’égarement. S’il était envisageable que tous les Successeurs s’accordent sur une voie erronée, cela impliquerait que la communauté tout entière tombe dans l’égarement, et la guidance de la première génération ne saurait compenser l’égarement de la seconde (2).
Cependant, revendiquer l’existence d’un consensus postérieur aux Compagnons sur l’une de leurs deux positions est, le plus souvent, impossible ou extrêmement difficile à établir ; quant à affirmer qu’un consensus des générations postérieures aux Successeurs se soit formé sur l’une de ces deux positions, la connaissance en est des plus lointaines, voire impossible.
C’est pourquoi les gens ont constamment rappelé les paroles des Compagnons et des Successeurs, et ils soutiennent l’une ou l’autre opinion à l’aide des preuves légales, sans jamais invalider l’une des deux positions des Compagnons par le seul consensus de ceux qui leur ont succédé, sans argument du Livre, de la Sunna ou d’une considération reconnue.