Et s’il est dit : « Les opinions ne meurent pas avec la disparition de celui qui les a formulées », il est alors d’autant plus juste que les paroles des Compagnons et des Successeurs bien guidés demeurent consignées et prises en considération dans les questions de consensus ou de divergence. Ainsi, aucun consensus infaillible ne saurait se former en contradiction avec l’une de leurs deux positions, à moins d’être étayé par une preuve légale qui serve également d’argument à l’encontre de ces disparus (1).
Il est, certes, évident que la parole de ceux qui leur succèdent ne constitue pas une preuve à leur encontre ; toutefois, s’il advient qu’apparaisse, dans la génération suivante, un texte resté caché à certains savants de la première génération, cela est possible. Tel fut le cas, par exemple, du ḥadith de Subayʿah al-Aslamiyyah au sujet de la femme dont le mari est décédé (2), du ḥadith prescrivant l’égalité entre les phalanges dans l’indemnité de sang (3), du ḥadith de Barwaʿ bint Wâshiq (4), ainsi que d’autres traditions que certains Compagnons avaient contredites parce qu’ils ne les connaissaient pas (5).
(1) Voir la précieuse étude sur l’adhésion aux écoles des Compagnons et des Tābiʿīn dans l’ouvrage al-Tamadhdhub: dirāsa naẓariyya naqdiyya, vol. 2, p. 740, ainsi que les renvois mentionnés par l’auteur dans ce chapitre.
(2) Rapporté par al-Bukhārī (n° 4909) et Muslim (n° 1485) d’après le hadith d’Umm Salama (qu’Allah soit satisfait d’elle).
(3) Rapporté par ʿAbd al-Razzāq (vol. 9, p. 385), par al-Bayhaqī dans Sunan al-Kabīr (vol. 8, p. 163) et d’autres.
L’origine du jugement du Prophète (paix et bénédictions sur lui) prescrivant l’égalité entre les doigts se trouve dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī (n° 6895) d’après Ibn ʿAbbās (qu’Allah soit satisfait d’eux deux), rapporté en mursal : « Celui-ci et celui-ci sont égaux », c’est-à-dire l’auriculaire et le pouce.
(4) Rapporté par Abū Dāwūd (n° 2114, 2116), al-Tirmidhī (n° 1145), al-Nasa’ī (n° 3354) et Ibn Mājah (n° 1891).
Al-Tirmidhī commente : « Hadith ḥasan ṣaḥīḥ, rapporté sans chaîne complète. » Ibn Ḥibbān l’a authentifié (vol. 9, p. 407), de même qu’al-Ḥākim dans al-Mustadrak (vol. 2, p. 196).
Voir aussi : ʿIlal al-Ḥadīth d’Ibn Abī Ḥātim (vol. 4, p. 91), al-ʿIlal d’al-Daraqutnī (vol. 14, p. 47), Nasb al-Rāya (vol. 3, p. 201), al-Badr al-Munīr (vol. 7, p. 680), Irwā’ al-Ghalīl (vol. 6, p. 358), Ṣaḥīḥ Sunan Abī Dāwūd (al-Umm) (vol. 6, p. 341).
(5) Voir : Rafʿ al-Malām (p. 9 et suiv.).