Et le second avis veut que la divergence s’éteigne ; tel est l’avis de nombreux muʿtazilites, des disciples d’Abû Ḥanîfa et de certains compagnons d’ash-Shâfiʿî ; c’est également le choix d’Abû l-Khaṭṭâb et d’autres (1).
Le fondement de cette question est le suivant : la parole d’un savant décédé doit-elle, ou non, être prise en considération ?
On dira donc : si les opinions meurent avec le décès de leurs auteurs, et qu’il ne faille tenir compte que des paroles des vivants, il ne serait plus permis d’imiter l’un quelconque des quatre imâms ni quiconque d’autre ; l’argument sur lequel s’appuie cet objecteur et ses semblables, lorsqu’ils rapportent les doctrines suivies, s’écroulerait donc de lui-même.
Et s’il n’est pas permis de les imiter [208/A], il ne resterait alors que l’imitation de celui qui, parmi les gens de l’époque, est mujtahid ; on ne tiendrait compte que de sa divergence, à l’exclusion de celle des quatre imâms et des autres.
Dans cette hypothèse, la plupart de ceux qui contestent sur cette question ne sont que des suiveurs ; ils ne connaissent rien des preuves scripturaires ni des positions des savants. Ceux qui s’étaient déjà engagés dans la controverse – avant l’apparition de cet objecteur et de ses semblables – ne connaissent pas davantage les différentes opinions et les arguments qu’elles comportent ; leurs propos ne méritent donc aucune considération et il leur incombe de garder le silence à ce sujet.
En effet, la parole se fonde soit sur le taqlîd – or, par hypothèse, le taqlîd des morts est illicite –, soit sur l’argumentation et l’ijtihâd, lequel exige nécessairement la connaissance des avis des deux parties et de leurs preuves ; à défaut, ce n’est qu’un discours dépourvu de science, et cette condition n’a pas été satisfaite (2).