Oui ;
on pourrait dire : le simple imitateur (al-muqallid) est tenu de se conformer à la dernière des deux paroles du savant, puisque la première n’est, après tout, qu’une de ses paroles (1). Quant au mujtahid qui rapporte les avis des savants, il relate chacune des deux opinions de l’intéressé tout comme il rapporte les avis des autres ulémas, car il se peut que l’opinion correcte soit la première et non la seconde (2).
C’est pourquoi les savants se sont accordés à consigner la divergence transmise des Compagnons, des Successeurs et des savants postérieurs, même lorsqu’il existe, au sujet d’une même question, deux versions ou davantage attribuées à l’un d’eux. En effet, si l’on retenait uniquement la seconde opinion – sans savoir laquelle elle est –, il ne serait pas licite de rapporter le moindre avis d’une personne au sujet de laquelle les transmissions différent : son avis serait alors censé être le dernier, or il demeure inconnu ; dès lors, il ne lui resterait plus aucune parole connue sur la question. Or, celui dont la parole est inconnue, on ne rapporte rien de lui, et l’on ne se réfère pas à son opinion.
Le fait que tous aient admis la transmission des différentes opinions et versions provenant des Compagnons, des Successeurs et des savants après eux, et qu’ils en tiennent compte pour établir le consensus ou la divergence, prouve qu’ils prennent en considération, dans ces deux domaines, les versions authentiques rapportées des Salaf, même lorsqu’un même savant fait l’objet de deux narrations.
L’accord unanime de tous les gens de science à ce sujet invalide donc la parole de cet objecteur :
« Lorsque nous ne connaissons pas la seconde version, ni la divergence ni le consensus ne peuvent être établis sur la base du doute ; il convient plutôt de s’abstenir. »
Or, l’ensemble des savants continuent de mentionner les diverses narrations rapportées des Compagnons et d’autres