Or, puisqu’il en est ainsi, certains de ces mêmes rapporteurs sont précisément ceux qui ont véhiculé le prétendu ijmâʿ (consensus) au sujet du divorce ; si l’on invalide leur transmission de la divergence concernant l’affranchissement, il est d’autant plus justifié de récuser leur transmission du consensus.
Ainsi, lorsqu’un contradicteur ne dispose d’aucune relation recevable établissant l’unanimité, son argumentation devient caduque, même s’il n’a pas connaissance d’une divergence. On lui dira : « Tu ne possèdes aucun consensus sur lequel fonder ta preuve ; soit tu établis l’existence d’une divergence et il t’incombe alors d’apporter l’argument décisif, soit tu ne sais ni s’il existe un consensus ni s’il existe une divergence : abstiens-toi donc de parler et ne t’aventure pas dans ce que tu ignores. »
Dès lors qu’est connue – de façon certaine – l’existence d’une divergence, fût-elle rapportée par une seule personne, cette divergence demeure reconnue (1) et aucune relation valable d’un consensus ne peut la contredire ; il faut alors revenir au Coran et à la Sunna, par le texte explicite ou par l’inférence.
Les récits établissant la divergence dans le serment d’affranchissement comme dans celui lié au divorce sont appuyés par des chaînes de transmission continues, qui rendent inutile tout rapport isolé et muʿdal, contrairement à la relation du consensus : celle-ci ne repose sur aucune chaîne reliée, uniquement sur un rapport mursal provenant de ces mêmes rapporteurs. Par conséquent, si leur relation, tant de la divergence que du consensus, est invalide, que la divergence est confirmée par des isnâds reliés et que le consensus n’en possède aucun, il s’ensuit que seule la divergence est avérée, non le consensus ; c’est là l’objectif recherché.
Quand bien même on accepterait la transmission de ces narrateurs, ils reconnaissent tous la divergence concernant l’affranchissement, et certains d’entre eux admettent également la divergence au sujet du divorce.
Quant à celui – tel Abū Isḥâq al-Jawzajânî, ou celui auquel fait allusion Ibn Jarîr – qui aurait nié la divergence dans l’affranchissement, l’affirmation de ces autres rapporteurs prévaut sur sa négation ; de même, celui d’entre eux qui nierait la divergence relative au divorce verrait son opinion supplantée par l’affirmation contraire, même si sa négation reposait sur une connaissance exhaustive – a fortiori lorsqu’elle ne s’appuie que sur une conjecture.
Telle serait la situation, même si nous ne possédions pas, pour étayer la divergence, de chaîne reliée et que se trouvaient simplement en opposition des rapports mursal sur le consensus et sur la divergence ; or, dès lors que la divergence est certifiée par un isnâd continu, elle ne peut être contredite par le rapport isolé de l’un de ces hommes, quand bien même celui-ci l’affirmerait de façon catégorique.