[…]
(1)
Il érige en religion ce qu’Allah n’a pas autorisé, et il rejette de la religion ce qu’Allah a pourtant légiféré !
Ainsi, ceux qui nient les significations légales et les sagesses divines, et qui ne s’en remettent qu’à la simple apparence des paroles, ne se cramponnent en réalité qu’à des généralités dans lesquelles ils font entrer ce que le locuteur n’avait nullement visé ; ou bien ils s’appuient sur l’istishhāb de l’état originel d’innocence (barāʾah), qui compte parmi les preuves les plus faibles : en vérité, il ne constitue pas une preuve légale, mais seulement l’absence de preuve. De là vient la divergence des savants à son sujet : sert-il à nier ou seulement à repousser ? Deux avis sont rapportés :
On a dit : par son biais on nie les prescriptions, mais seulement après une recherche exhaustive et consensuelle de l’éventuel fondement textuel.
Et il a été dit : on ne nie rien par lui ; il ne fait que repousser l’argument de celui qui affirme, de sorte qu’il convient à l’interdiction mais non à la négation ; or, celui qui interdit n’a point de preuve, tandis que le négateur, lui, possède une preuve (2).
Ainsi, celui qui interdit est tenu de produire une preuve, tout comme celui qui s’accroche à l’istishhāb négatif établi par la raison. Quant au négateur, il est semblable à l’affirmant : il lui faut absolument une preuve par laquelle il connaît la négation, et l’affirmant doit, pour sa part, disposer d’une preuve par laquelle il connaît l’affirmation.
Et ces derniers disent : celui qui se prévaut de l’istishhāb n’est qu’un étudiant en quête de science, dépourvu de connaissance tant pour nier que pour affirmer ; il ne lui est donc pas permis de tenir pour avéré ce qu’impliquerait l’istishhāb, ni d’émettre une fatwa sur cette base, ni de juger selon lui ; il doit plutôt s’abstenir d’affirmer, tel celui qui ne dispose d’aucune preuve, ni pour l’affirmation ni pour la négation (3).