Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

[…]

(1)
Il érige en religion ce qu’Allah n’a pas autorisé, et il rejette de la religion ce qu’Allah a pourtant légiféré !
Ainsi, ceux qui nient les significations légales et les sagesses divines, et qui ne s’en remettent qu’à la simple apparence des paroles, ne se cramponnent en réalité qu’à des généralités dans lesquelles ils font entrer ce que le locuteur n’avait nullement visé ; ou bien ils s’appuient sur l’istishhāb de l’état originel d’innocence (barāʾah), qui compte parmi les preuves les plus faibles : en vérité, il ne constitue pas une preuve légale, mais seulement l’absence de preuve. De là vient la divergence des savants à son sujet : sert-il à nier ou seulement à repousser ? Deux avis sont rapportés :
On a dit : par son biais on nie les prescriptions, mais seulement après une recherche exhaustive et consensuelle de l’éventuel fondement textuel.
Et il a été dit : on ne nie rien par lui ; il ne fait que repousser l’argument de celui qui affirme, de sorte qu’il convient à l’interdiction mais non à la négation ; or, celui qui interdit n’a point de preuve, tandis que le négateur, lui, possède une preuve (2).

Ainsi, celui qui interdit est tenu de produire une preuve, tout comme celui qui s’accroche à l’istishhāb négatif établi par la raison. Quant au négateur, il est semblable à l’affirmant : il lui faut absolument une preuve par laquelle il connaît la négation, et l’affirmant doit, pour sa part, disposer d’une preuve par laquelle il connaît l’affirmation.
Et ces derniers disent : celui qui se prévaut de l’istishhāb n’est qu’un étudiant en quête de science, dépourvu de connaissance tant pour nier que pour affirmer ; il ne lui est donc pas permis de tenir pour avéré ce qu’impliquerait l’istishhāb, ni d’émettre une fatwa sur cette base, ni de juger selon lui ; il doit plutôt s’abstenir d’affirmer, tel celui qui ne dispose d’aucune preuve, ni pour l’affirmation ni pour la négation (3).

(1) À partir d’ici débute le manuscrit, qui correspond au second volume du Radd d’Ibn Taymiyya ; on a déjà signalé plus haut qu’il manque environ dix feuillets au début de ce volume. (2) Majmūʿ al-fatāwā (t. 11/ p. 342; t. 13/ p. 112; t. 23/ p. 15 et suiv.; t. 29/ p. 165), Jāmiʿ al-masāʾil (t. 2/ p. 282), al-Masawwadah (t. 1/ p. 304; t. 2/ p. 885 et suiv.), Tanbīh al-rajul al-ʿāqil (t. 1/ pp. 255, 314; t. 2/ pp. 442–444, 617–620, 626). (3) al-Qawāʿid al-kulliyya (p. 419) – dans al-Majmūʿ (t. 29/ p. 166) – : « Quant à l’istishhāb et à la négation de la preuve légale, les musulmans ont unanimement et, par nécessité de l’islam, reconnu qu’il n’est permis à personne de croire et de prononcer une fatwa sur la base de cet istishhāb et de cette négation qu’après avoir recherché les preuves particulières, s’il appartient à ceux qui sont compétents ; car tout ce que Dieu et Son Messager ont prescrit ou interdit peut modifier cet istishhāb, et l’on ne peut s’y fier qu’après examen des preuves de la charia par les spécialistes. »
[ ... ] (١) الدين ما لم يأذن به الله، وهذا ينكر من الدين ما شرعه الله! فنفاة المعاني الشرعية والحِكَم الإلهية الذين لا يعتصمون إلا بظاهرٍ من القول إنما يعتصمون بعمومات فيدخلون فيها ما لم يُرِدْهُ المتكلم، أو باستصحاب حال البراءة الذي هو من أضعف الأدلة، وليس هو دليلاً شرعيًا في الحقيقة وإنما هو عدم دليل؛ ولهذا تنازع الناس فيه؛ هل يصلح للنفي أو للدفع على قولين: قيل: تُنْفَى بهِ الأحكام لكن بعد البحث التام عن الناقل بالاتفاق. وقيل: لا يُنْفَى بهِ شيء بل يدفع بهِ قول المثبت، فيصلح للمنع لا للنفي، والمانع لا دليل عليه، والنافي عليه دليل (٢) . فالمانع مطالِبٌ بالدليل؛ كذلك المستمسك بالاستصحاب العدمي المعلوم بالعقل، وأما النافي فهو كالمثبت لا بُدَّ لهُ من دليلٍ عَلِمَ بِهِ النفيَ، والمثبت لا بُدَّ له من دليل عَلِمَ بِهِ الإثبات. وهؤلاء يقولون: المستصحب طالب علم ليس معه علمٌ لا بنفي ولا إثبات، فليس له أن يعتقد موجَب الاستصحاب ولا يُفتي به ولا يحكم به؛ بل يمسك عن الإثبات كالذي لم يقم معه دليل لا على إثبات ولا نفي (٣) .
(١) من هنا بدأت النسخة، وهو المجلد الثاني من ردِّ ابن تيمية، وقد تقدم التنبيه على وجود سقط في أول هذا المجلد قرابة عشر لوحات. (٢) مجموع الفتاوى (١١/ ٣٤٢) (١٣/ ١١٢) (٢٣/ ١٥ وما بعدها) (٢٩/ ١٦٥)، جامع المسائل (٢/ ٢٨٢)، المسوَّدة (١/ ٣٠٤) (٢/ ٨٨٥ وما بعدها)، تنبيه الرجل العاقل (١/ ٢٥٥، ٣١٤) (٢/ ٤٤٢ - ٤٤٤، ٦١٧ - ٦٢٠، ٦٢٦). (٣) القواعد الكلية (ص ٤١٩) ــ وهو في المجموع (٢٩/ ١٦٦) ــ: (أما إذا كان المدرك الاستصحاب ونفي الدليل الشرعي: فقد أجمع المسلمون وعُلِمَ بالاضطرار من دين الإسلام: أنه لا يجوز لأحدٍ أن يعتقد ويفتي بموجب هذا الاستصحاب والنفي إلا بعد البحث عن الأدلة الخاصة إذا كان من أهل ذلك؛ فإنَّ جميع ما أوجبه الله ورسوله وحرمه الله ورسوله مغيِّر لهذا الاستصحاب، فلا يُوْثَقُ به إلا بعد النظر في أدلة الشرع لمن هو من أهل ذلك).

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