Et lorsque l’interrogateur est convaincu que l’énoncé produit bel et bien l’effet voulu, deux éléments se conjuguent alors : d’une part, le fait que la formulation elle-même entraîne cet effet, et, d’autre part, la croyance de celui qui pose la question. De la sorte, la réponse :
« Ce n’est rien »
en devient d’autant plus ferme et catégorique, à l’instar des devins auprès desquels on recherche la véracité de leurs dires, croyant qu’ils disent vrai, tandis que le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh soient sur lui – déclara à leur sujet :
« Ils ne sont rien. »
Les Arabes disent également : « Untel n’est rien, si ce n’est une chose dont on ne tient guère compte » ; par cette formule, ils nient qu’on puisse attendre de quelqu’un comme lui quoi que ce soit, hormis ce dont on ne fait aucun cas, et il peut exister une raison particulière justifiant cette négation.
Il arrive aussi qu’un homme prête à une parole une portée déterminée ; on lui répond alors : « Ce n’est rien », afin de rejeter ce qu’il lui a attribué, comme l’a fait Ibn al-Musayyib à propos de l’i‘lâ’ : « Ce n’est rien », c’est-à-dire : « Ce n’est pas un divorce. »
Cette seconde acception est connue dans la langue des Arabes en général, dans les propos des savants parmi les Compagnons et les Successeurs en particulier, et plus spécialement encore dans les paroles de Tāwūs et de son maître Ibn ‘Abbâs – qu’Allâh les agrée. Lorsqu’ils emploient cette expression au sujet des contrats sur lesquels les gens ont divergé – s’agit-il d’un divorce ou non ? –, tels que l’interdiction (taḥrîm), le khul‘ ou le serment conditionnant le divorce, ils disent : « Ce n’est rien », voulant dire : « Ce n’est pas un divorce. » Dès lors que leur intention et leur habitude dans l’usage de cette formule sont connues, qu’aucun propos contraire ne leur est rapporté et que, bien au contraire, l’ensemble des transmissions concorde avec cela, il devient impossible d’interpréter leurs paroles autrement.