Ce qui les a conduits à cela ne procède nullement d’un savoir qu’ils posséderaient ; c’est, au contraire, la confusion de l’affaire à leurs yeux et leur incapacité à distinguer un genre d’un autre qui les ont amenés à mettre sur le même plan deux catégories pourtant distinctes.
Or il est notoire que celui qui formule une parole conditionnelle peut, dans certains cas, viser la mise à exécution de la sanction ; ils en ont conclu que tout auteur d’une telle condition recherche cette exécution, y compris le sermenteur, et ils ont ainsi nié une vérité connue par nécessité, faute de discerner et de différencier entre les deux genres.
La perception se trompe lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une raison capable de démêler les choses confuses ; de même, leur perception intérieure peut s’égarer lorsque ne les assiste pas une intelligence leur permettant de distinguer un genre d’un autre.
C’est pourquoi l’on a dit d’eux : ils se sont trompés dans la raison, et ils se sont également trompés dans la transmission ; ils ont en effet nié que ces formules soient des serments dans la langue et dans l’usage des Compagnons auxquels le Coran fut adressé. Ils se sont encore fourvoyés dans la Sharîʿah, en écartant les qualités que le Législateur a prises en considération – telle la qualification d’une parole en tant que serment – et en faisant dépendre le jugement du simple fait qu’un énoncé soit conditionnel, la sanction y étant rendue inséparable de la condition : qualification que la Loi révélée tient pour nulle et non avenue, à laquelle elle n’attache aucun effet, ni positif ni négatif.
Ils se sont enfin trompés lorsqu’ils ont affirmé avec certitude les doctrines des Anciens : ils attribuent aux Compagnons et aux Successeurs des propos qu’ils n’ont jamais tenus, leur font dire ce qu’ils n’ont pas dit – tout en reconnaissant eux-mêmes l’invalidité de ces assertions. S’est ainsi introduit chez eux un certain qarmaṭisme dans les questions de transmission et une forme de sophistique dans les questions rationnelles, car ils se sont détournés de ce que prouvent les arguments scripturaires et intellectuels.