La condition (1)
Ils déclarent donc : « Au contraire, cet homme a bel et bien l’intention que ces dispositions se concrétisent lorsque la condition se réalise, de même que celui qui ne prête pas serment (2) entend la répudiation lorsqu’il dit : “Si elle me donne mille [dirhams], elle est répudiée”, ou : “Si le croissant lunaire paraît, elle est répudiée”, ou : “Si tu me verses mille [dirhams], tu es affranchi”, ou : “Si Allah guérit mon malade, il m’incombera d’accomplir le ḥajj et de donner mille [dirhams] en aumône.” Ainsi, ils considèrent que tout auteur d’une suspension veut nécessairement la réalisation du résultat dès l’apparition de la condition, que celle-ci soit voulue ou non, et que la conséquence soit haïssable indépendamment de la condition ou qu’elle ne le soit pas ; mais, disent-ils, dès lors qu’il a procédé à la suspension, il ne peut manquer d’en vouloir la survenue lorsque la condition se produit.
Or il est manifeste que leur affirmation contredit ce que les hommes savent, d’un savoir certain et intrinsèquement nécessaire, d’eux-mêmes, et même ce qu’ils discernent les uns des autres. Ils savent en effet que nul n’entend se voir imposer ces obligations qui le priveraient des bienfaits qu’Allah lui a accordés dans sa religion et dans sa vie d’ici-bas, le laissant dépouillé de sa famille, de ses biens, de sa foi et de son au-delà. Personne ne souhaite jamais que cela lui incombe, a fortiori lorsqu’il accomplit un acte quelconque, tel que voyager vers une ville, parler à quelqu’un, marier sa fille ou donner dix dirhams qu’il possède. Tout homme sensé sait que l’accomplissement de ces actes est, pour tout esprit raisonnable, plus aisé que de devoir supporter ces désagréments, et que, si on le mettait devant l’alternative d’accomplir ces actes ou de voir peser sur lui ces obligations, il choisirait d’accomplir lesdits actes – et même plusieurs fois – plutôt que d’endurer ne fût-ce qu’une partie de ces immenses calamités touchant sa religion et sa vie mondaine, à plus forte raison leur totalité.
Puisqu’il est donc connu de façon irréfutable que ces actes lui sont préférables au fait de supporter ces calamités, il ne choisit pas, lorsqu’il accomplit cet acte, que ces terribles épreuves deviennent obligatoires pour lui.