Quant à l’absence de divergence : transmettre l’existence d’une divergence consiste à rapporter qu’un savant a émis un avis sur une question déterminée ; l’on peut le savoir soit en l’ayant entendu directement de lui, soit par une chaîne de transmission authentique. En revanche, affirmer un consensus et l’inexistence de toute divergence ne devient science qu’avec la certitude qu’il n’y a réellement aucun désaccord ; or, si cette certitude est possible, elle demeure ardue ; si elle est impossible, elle est hors d’atteinte. La première opération est donc plus aisée, et ce qui est plus aisé est, par conséquent, plus aisément connu.
C’est pourquoi la transmission d’une divergence est acceptée selon les mêmes critères que la narration d’un transmetteur intègre : lorsqu’un narrateur fiable et précis rapporte l’avis d’un savant, on l’accepte, tout comme on accepte ce qu’annoncent ses pairs parmi les narrateurs intègres et rigoureux. Quant à la prétention d’un consensus et de l’absence de toute divergence, elle n’est recevable que de la part de quelques rares savants pleinement instruits.
Malgré cela, l’erreur y est extrêmement fréquente ; je ne connais personne qui prétende rapporter des consensus sans que l’on découvre, dans ce qu’il présente comme tel, un point sur lequel existe effectivement une divergence qu’il n’a pas remarquée (1).
De plus, l’incidence de l’erreur y est très grande, contrairement à celui qui rapporte simplement les propos d’un auteur précis, établissant ainsi la divergence. Parmi les grands mémorisateurs, certains ne sont pas connus pour s’être trompés, tels al-Zuhrî, al-Thawrî et d’autres ; d’autres encore se trompent rarement, comme Shuʿbah, Zâʾidah, Qatâdah, Zuhayr et leurs semblables. Ces derniers, et ceux qui leur ressemblent, comptent parmi les imâms les plus fiables pour ce qui est de la transmission des paroles des savants et d’autres, tels aussi Ibn Jurayj, Mâlik b. Anas, Ḥammâd b. Zayd et Ḥammâd b. Salamah.