Et le critère décisif est bien la distinction qu’il a exposée, à savoir (1) : l’affranchissement n’est pas énoncé dans l’intention de se rapprocher d’Allah, tandis que pour le divorce une telle intention n’est pas exigée.
On dira donc : si l’intention de rapprochement est posée comme condition pour que l’affranchissement prenne effet, l’intention de faire advenir le divorce doit, à plus forte raison, être exigée pour que celui-ci devienne effectif.
Or nul, parmi les musulmans, n’a soutenu que l’affranchissement ne se réalise qu’avec l’intention de rapprochement, alors que le divorce se réaliserait sans l’intention de le produire. Bien au contraire, le divorce exige l’intention de le faire advenir (2) de façon absolue, selon l’un des deux avis des savants ; c’est l’une des deux narrations rapportées de l’imâm Aḥmad, citées par Abû Bakr ʿAbd al-ʿAzîz et d’autres, et c’est aussi l’avis d’un groupe de savants.
Ainsi, si quelqu’un prononce une formule explicite de divorce en ne visant que l’énoncé des mots, le divorce ne se réalise pas tant qu’il n’a pas l’intention qu’il advienne.
Ces savants affirment donc que le divorce prononcé par plaisanterie n’a aucun effet et déclarent faible le ḥadîth rapporté à ce sujet (3).
(1) C’est ainsi dans l’exemplaire original ; la forme correcte est probablement « huwa » (il).
(2) Il l’a retranscrit en marge et a inscrit au-dessus « ṣaḥḥ », alors que la version retenue dans le corps du texte est « al-ʾīqāʿ ».
(3) Il s’agit du ḥadīth : « Trois choses, lorsque leur affaire est sérieuse c’est vraiment sérieux, et lorsque leur affaire est légère c’est aussi sérieux : le mariage, le divorce et la rajʿa ». Rapporté par Abū Dāwūd (2194), al-Tirmidhī (1184) et Ibn Mājah (2039) d’après Abū Hurayra (qu’Allāh l’agrée). Al-Tirmidhī commente : « Hadīth ḥasan gharīb, sur lequel on s’appuie parmi les gens de science, tant chez les Compagnons du Prophète (paix et bénédictions sur lui) que chez d’autres. »
Ibn al-Jarrūd l’a authentifié (n° 712), et al-Ḥākim dans al-Mustadrak (2/216) affirme : « Hadīth ṣaḥīḥ al-isnād ; ʿAbd al-Raḥmān b. Ḥibbah, c’est-à-dire Ibn ʿArdak, est l’un des thiqāt al-madīnīyīn, et ils ne l’ont pas inclus dans leurs recueils. » Al-Dhahabī ajoute : « Il comporte une faiblesse [līn] dans la personne de ʿAbd al-Raḥmān b. Ḥibbah b. ʾArdak. » An-Nasā’ī juge ce hadīth munkar, tout comme l’a relevé Ibn al-Qaṭṭān dans Bayān al-Wahm wa al-Ihām (3/509) à propos d’Ibn ʾArdak. Ibn al-ʿArabī déclare : « Rien de valide n’en est parvenu. »
Voir aussi : al-Fatāwā al-Kubrā (6/63), Iʿlām al-Muwaqqiʿīn (4/429), Zād al-Maʿād (5/201) et ce qui précède (p. 370).