Ainsi, si l’appellation de « croyants » et celle de « communauté de Muḥammad – paix et bénédictions d’Allah sur lui – » les englobe, si, de plus, ils exercent la réflexion et l’argumentation, et que leur religion leur commande de viser la vérité, il ne reste plus aucun motif pour refuser de tenir compte de leur avis.
En effet, l’obstacle qui empêche de les considérer est soit l’ignorance, soit la mauvaise intention ; quiconque ne connaît pas les preuves de la Sharîʿa est pécheur – à la différence d’eux –, et il lui incombe de suivre les savants (1).
Quant aux gens du commun, l’on a discuté de la validité de leur désaccord ; la plupart des autorités n’en tiennent pas compte (2).
En réalité, les gens du commun ne font qu’imiter les savants ; il est donc impossible que les savants s’accordent sur une question tandis que les profanes les contredisent. S’il arrive qu’un profane parle sans preuve, c’est un ignorant dont la parole n’a aucune valeur ; mais s’il parle muni d’une preuve, il appartient aux gens de l’ijtihâd dans la question concernée, même s’il ne l’est pas dans les autres, car l’ijtihâd admet la partialité et la divisibilité.
La plupart des savants ignorent certains aspects de la Sharîʿa ; si l’on ne qualifiait de mujtahid que celui qui connaît toutes les règles ou est capable de les connaître toutes, il n’y aurait dans l’Umma aucun mujtahid, à l’exception, peut-être, d’un homme tel Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq – qu’Allah l’agrée – dont on ne sait pas qu’il ait jamais commis d’erreur, dans quelque question juridique que ce soit, en exerçant un ijtihâd contredisant un texte, tandis que pour les autres, en revanche