Ibn ʿAbbâs — qu’Allah les agrée tous deux — s’adressait à Najda le Ḥarûrî (1), à Nāfiʿ ibn al-Azraq (2) et à d’autres encore.
Lorsqu’ils engageaient une controverse avec les gens au sujet d’une question relevant de la Sharîʿa, ils ne leur disaient pas : « Le consensus s’est formé contre vous dans cette question. » Au contraire, ils leur opposaient le Livre d’Allah et la Sunna. En effet, même s’ils se sont égarés en ce par quoi ils ont contredit Ahl as-Sunnah wa-l-Jamâʿa, il ne s’ensuit pas qu’ils soient égarés en toute chose, surtout lorsque certains membres d’Ahl as-Sunnah wa-l-Jamâʿa partagent avec eux ces mêmes positions. Il n’est pas permis non plus d’affirmer qu’Allah a établi contre eux la preuve par la seule parole de leurs contradicteurs, alors qu’aucun argument juridique n’atteste l’infaillibilité de ces derniers.
En réalité, les preuves relatives au consensus ne garantissent l’infaillibilité qu’aux croyants, au moyen des termes mêmes de « croyants » et de « Umma », comme le dit le Très-Haut :
« …et il suit une voie autre que celle des croyants… » (An-Nisâʼ, 115),
et comme l’a dit le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui : « Ma communauté ne se réunira jamais sur une égarement. » (3)
(1) Rapporté par Abū Dāwūd (n° 2728), al-Tirmidhī (n° 1556) et an-Nasāʾī (n° 4133). Al-Tirmidhī commente : « C’est un ḥadīth ḥasan ṣaḥīḥ ». Authentifié par Ibn Ḥibbān (t. XI, p. 155). Voir également : Naṣb al-Rāyah (t. III, p. 420).
(2) Rapporté par ‘Abd ar-Razzāq dans son Tafsīr (t. II, p. 360) et par al-Ṭabarī dans son Tafsīr (t. VII, p. 43 ; t. VIII, p. 406 ; t. XV, pp. 590, 598). Al-Bukhārī en cite par ailleurs un extrait dans son livre de Tafsīr (Tafsīr de la sourate al-Sajda), ainsi que d’autres savants.
Al-Suyūṭī a rassemblé les questions posées par al-Nāfiʿ al-Azraq à Ibn ʿAbbās dans son Ittiqān (t. III, p. 848, entrée importante), au nombre de cent quatre-vingt-huit. Le Dr Muḥammad Aḥmad ad-Dālī a édité ces questions d’après plusieurs manuscrits, publiées par Dār al-Jafān wa al-Jābī, 1re éd., 1413 H.
(3) Rapporté par Ibn Mājah (n° 3950) et d’autres transmetteurs à partir du ḥadīth d’Anas b. Mālik (qu’Allāh l’agrée). Al-Būṣīrī observe dans Miṣbāḥ al-Zujāja (t. III, p. 228) : « Cette chaîne est faible, en raison de la faiblesse d’Abī Khalaf al-A‘mā… ». Il précise que ce ḥadīth a aussi été rapporté par Abū Ḍharr, Abū Mālik al-Ash‘arī, Ibn ʿUmar, Abū Niḍārah, Qudāmah b. ʿAbd Allāh al-Kalābī, et que chacune de ces chaînes présente des points à examiner, comme le souligne notre cheikh al-‘Irāqī (qu’Allāh lui fasse miséricorde). Voir également : Tadhkirat al-Muḥtāj (p. 51), al-Maqāṣid al-Ḥasanah (p. 460) et Kashf al-Khafāʼ (t. II, p. 470).