Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

qu’il ne se soit pas trompé : il n’a, en réalité, rien rapporté d’eux, et ne possède aucune isnâd reliée à chacun d’entre eux ; tout au plus ce qu’il transmet n’est-il qu’un récit mursal.

De surcroît, pareille transmission repose sur l’ijtihâd et se déduit par induction et investigation, à l’instar de ce que le grammairien induit des lois de la langue arabe lorsqu’il nie que l’on trouve, dans leur parler, une coordination sur un pronom au génitif sans reprise de la préposition(1) ; or il se peut que leur parler renferme des exemples qui ne lui sont pas parvenus, telle leur expression : « mâ fî-hâ ghayruhu wa farasuhu »(2).

Il en va de même pour le muhaddith qui recense les Compagnons transmetteurs d’un ḥadith : il peut affirmer : « Personne ne l’a rapporté si ce n’est untel et untel », alors que d’autres l’ont effectivement transmis sans que la chose ne lui soit parvenue.

Il en est ainsi du relevé des divergences au sein des madhhabs des imâms : tel déclarera, par exemple : « Il n’existe, dans son école, aucune divergence sur telle question », alors qu’il peut y avoir une opinion qui ne lui est pas parvenue.

Il en est de même encore de la présentation des positions des théologiens, des grammairiens ou des médecins : combien de fois entend-on dire : « Les mutakallimûn, les grammairiens ou les médecins sont unanimes à propos de telle chose », alors qu’un désaccord subsiste et n’est pas parvenu au rapporteur.

Dans ces conditions, l’erreur du transmetteur dans ces domaines est plus manifeste encore que celle de celui qui relate un ijmâʿ [lequel] n’est connu que par l’istidlâl ; comment, dès lors, ne reconnaîtrait-on pas son erreur lorsqu’il rapporte un ijmâʿ au moyen de l’istidlâl, d’autant que la base même de son propos n’est que la présomption de l’absence de divergence ?

En vérité, la possibilité même de connaître l’ijmâʿ est une question qui doit être examinée par l’istidlâl : est-elle possible ou non ?

Ainsi, lorsque la discussion porte sur la nature de l’ijmâʿ, sur sa possibilité et sur la possibilité d’en avoir connaissance

(1) À l’origine : « al-ḍamīr ». (2) Al-Inṣāf fī masa’il al-khilāf, p. 371 ; Awḍaḥ al-masālik, vol. 3, p. 348. (3) Addition requise par le contexte.
أنه لم يغلط؛ فهو لم ينقل عنهم، ولا معه نقل مسند عن كُلِّ واحدٍ واحدٍ، بل غايته أنه نَقْلٌ مرسل. وأيضًا؛ فإنه نَقْلٌ اجتهادي يُعرف بالاستقراء والتتبع مثل: ما يستقرئه النحوي من قوانين كلام العرب، فينفي أَنَّ في كلامهم عطف على الضمير (١) المجرور بدون إعادة حرف الجار، وقد يكون في كلامهم ما لم يبلغه كقولهم: ما فيها غيره وفرسه (٢) . وكذلك نقل المحدث لمن روى الحديث من الصحابة، فقد يقول: لم يروه إلا فلان وفلان، ويكون قد رواه غيرهم، وهو لم يبلغه. ونقل الخلاف في مذاهب الأئمة، كقول القائل: لا يختلف مذهبه في كذا وكذا، وقد يكون فيه خلاف لم يبلغه. ونقل مذاهب المتكلمين والنحاة والأطباء، فكثيرًا ما يقول القائل: اتفق المتكلمون أو النحاة أو الأطباء على كذا، ويكون فيه نزاع لم يبلغه. وإذا كان كذلك؛ فخطأُ الناقل لها هو أبلغ من نقل الإجماع [الذي] (٣) يُعلم بالاستدلال، فكيف لا يعلم خطؤه في نقل الإجماع بالاستدلال؟ لا سيما وعمدته في نقله ظَنُّهُ عدمَ النزاع، بل نفس العلم بالإجماع مما ينظر بالاستدلال: هل يمكن أم لا يمكن؟ فإذا كان الكلام في جنس الإجماع، وإمكانه، وإمكان العلم به
(١) في الأصل (الظمير). (٢) الإنصاف في مسائل الخلاف (ص ٣٧١)، أوضح المسالك (٣/ ٣٤٨). (٣) إضافة يقتضيها السياق.

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