Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

que la preuve d’Allah – celle qui serait censée écarter ce jugement – soit un consensus qu’un savant invoque parce qu’il ne connaît aucun opposant après les trois premières générations ; or la parole de ce savant est ignorée de la majorité des gens, et ceux qui l’ont précédé ne la connaissaient pas non plus(1). Par conséquent, les ulémas qui se sont penchés sur cette question ne peuvent avoir pour fondement la transmission d’un tel consensus ; nul, avant eux, n’en a rapporté, alors qu’ils transmettaient les récits sur lesquels ils établissaient les prescriptions, récits que les successeurs ont à leur tour relayés. Il est donc impossible qu’une telle transmission constitue la preuve d’Allah, preuve qu’Il a faite infaillible pour Ses serviteurs croyants afin qu’ils s’y guident. C’est pourquoi l’ijmâʿ qu’il est obligatoire de suivre est toujours accompagné d’un texte du Livre ou d’une Sunna qui le précède, et ce sont ces textes que les croyants suivent.

De là, ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – écrivit à Shurayḥ :
« Juge selon ce qui se trouve dans le Livre d’Allah ; s’il n’y a rien dans le Livre d’Allah, alors selon la Sunna du Messager d’Allah ; s’il n’y a rien dans la Sunna du Messager d’Allah, alors [juge] d’après ce qu’ont jugé les vertueux. »
Dans une autre version : « …d’après ce sur quoi les gens se sont mis unanimement d’accord(2). »

Ibn Masʿûd – qu’Allah l’agrée – a tenu des propos similaires : « Rendez des avis juridiques en vous fondant sur le Livre d’Allah ; si vous n’y trouvez rien, alors sur la Sunna du Messager d’Allah ; si vous n’y trouvez rien… »(3).

(1) Dans l’original : «ولا كان مَنْ يقبله يعرفه», et il se peut que la bonne lecture soit celle que j’ai retenue. (2) Rapporté par al-Nasāʾī dans ses Sunan (n° 5399) et dans al-Kubrā (n° 5911), et, par cette même voie, dans al-Ḍiyāʾ fī al-Mukhtārah (1/238), ainsi que par al-Khaṭīb dans al-Faqīh wa-l-Mutafaqih (1/421) et d’autres. Ibn al-Mulqin a cité dans al-Badr al-Munīr (9/540) le propos d’Ibn Dūḥayyah selon lequel «le meilleur de ce qui a été rapporté dans ce chapitre est ce qu’al-Shuʿbī a transmis de Shurayḥ al-Qāḍī». Sa chaîne de transmission a été authentifiée par Ibn Ḥajar dans Mawāfiq al-Khabar al-Khabar (1/120). Voir également : Masnad al-Fārūq (2/435 et suiv.). (3) Dans l’original, une demi-ligne est effacée. Le même hadith est rapporté par al-Nasāʾī (n° 5397), dont la version est : «Il nous est venu un temps où nous ne rendions pas encore de jugements, et nous n’étions pas là-bas. Puis Dieu, exalté soit-Il, a décrété que nous parvenions à ce que vous voyez. Quiconque parmi vous sera saisi d’une affaire judiciaire à partir d’aujourd’hui qu’il juge selon ce qui se trouve dans le Livre de Dieu. Si se présente une affaire qui n’est pas dans le Livre de Dieu, qu’il juge selon ce qu’en a statué Son Prophète (paix et bénédictions sur lui). Si survient une affaire qui n’est ni dans le Livre ni jugée par le Prophète (p.b.a.s.), qu’il juge selon ce qu’ont jugé les pieux prédécesseurs. Et si elle n’est ni dans le Livre, ni jugée par le Prophète (p.b.a.s.), ni jugée par les pieux prédécesseurs, qu’il exerce son ijtihād ; qu’il ne dise pas : “J’ai peur, j’ai peur”, car le licite est évident, l’illicite est évident, et entre les deux il y a des cas douteux : écarte ce qui te fait douter vers ce qui ne suscite pas le doute.» Al-Nasāʾī a commenté : «Ce ḥadīth est très bon, très bon.» Ibn Ḥajar l’a authentifié dans Mawāfiq al-Khabar al-Khabar (1/119). Voir : Silsilat al-Athār al-Ṣaḥīḥah (1/82).
حجة الله الدافعة لذلك هو إجماعًا يُسْنِدُهُ بعض العلماء إلى عدم علمه بالمنازع بعد القرون الثلاثة، لأنَّ قول هذا العالم لا يعرفه جمهور الناس، ولا كان مَنْ قَبْلَهُ يعرفه (١) ، فالعلماء الذين تكلموا في هذه [١٧٥/ ب] المسألة لا يجوز أن يكون مستندهم نقل هذا الإجماع، ولم ينقل أحد منهم إجماعًا قبله، كما كانوا ينقلون الأخبار التي يثبتون عليها الأحكام، ثم نقلها مَنْ بعدهم = فامتنع أن يكون مثل هذا النقل حجة الله التي جعلها عصمةً لعباده المؤمنين التي يهتدون بها؛ ولهذا يوجد الإجماع الذي هو إجماع يجب اتباعه معه كتاب أو سنة تقدمه على الإجماع يتبعها المؤمنون. ولهذا كتب عمر بن الخطاب - رضي الله عنه - إلى شريحٍ يقول: اقضِ بما في كتاب الله، فإنْ لم يكن في كتاب الله فبما في سنة رسول الله، فإنْ لم يكن في سنة رسول الله فبما قضى به الصالحون. وفي روايةٍ: فبما أجمع عليه الناس (٢) . وكذلك قال ابن مسعود - رضي الله عنه -: أَفْتُوا بما في كتاب الله، فإنْ لم تجدوا فبما في سنة رسول الله، فإنْ لم تجدوا [ ... ] (٣) .
(١) في الأصل: (ولا كان مَنْ يقبله يعرفه)، ولعل الصواب ما أثبتُّ. (٢) أخرجه النسائي في سننه (٥٣٩٩) وفي الكبرى (٥٩١١) ــ ومن طريقه الضياء في المختارة (١/ ٢٣٨) ـ، والخطيب في الفقيه والمتفقه (١/ ٤٢١) وغيرهم. ونقل ابن الملقن في البدر المنير (٩/ ٥٤٠) قول ابن دحية: وأحسن ما ورد في هذا الباب ما رواه الشعبي عن شريح القاضي وذكره. وصححه إسناده ابن حجر في موافقة الخُبر الخَبر (١/ ١٢٠). وانظر: مسند الفاروق (٢/ ٤٣٥ وما بعدها). (٣) طمس في الأصل مقدار نصف سطر. والأثر أخرجه النسائي (٥٣٩٧)، ولفظه: «إنه أتى علينا زمان ولسنا نقضي، ولسنا هنالك، ثم إنَّ الله ــ عز وجل ــ قدَّر علينا أن بلغنا ما ترون؛ فمن عرض له منكم قضاء بعد اليوم؛ فليقض بما في كتاب الله، فإن جاء أمرٌ ليس في كتاب الله؛ فليقض بما قضى به نبيُّهُ - صلى الله عليه وسلم -، فإن جاء أمرٌ ليس في كتاب الله ولا قضى به نبيُّهُ - صلى الله عليه وسلم -؛ فليقض بما قضى به الصالحون، فإن جاء أمرٌ ليس في كتاب الله ولا قضى به نبيُّهُ - صلى الله عليه وسلم - ولا قضى به الصالحون؛ فليجتهد رأيه، ولا يقول: إني أخاف، وإني أخاف؛ فإنَّ الحلال بيِّن والحرام بيِّن، وبين ذلك أمور مشتبهات؛ فدع ما يَريبك إلى ما لا يَريبك». وقال النسائي: هذ الحديث جيد جيد. وصححه ابن حجر في موافقة الخُبر الخَبر (١/ ١١٩). انظر: سلسة الآثار الصحيحة (١/ ٨٢).

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