Il a été établi plus haut que telle est l’opinion d’Abû ʿAbd ar-Raḥmân ash-Shâfiʿî. Or, il s’agit d’une divergence qu’Ibn Ḥazm n’avait pas, lui non plus, remarquée, comme nous avons déjà mentionné un vaste ensemble de ses « consensus » comportant en réalité des contestations qu’il n’avait pas relevées (1), alors même qu’il figure parmi les plus grands collecteurs des données relatives au consensus et les plus critiques à leur égard.
Dans son ouvrage intitulé « Al-Ijmâʿ » (2), il déclare : « Nous espérons, avec l’aide d’Allah – Très-Haut –, réunir les questions [173 a] sur lesquelles le consensus est authentiquement établi et les distinguer des autres questions dans lesquelles [les savants] ont divergé. »
Puis il poursuit (3) : « Certains ont fait entrer, dans la notion de consensus, ce qui n’en fait pas partie : ainsi, les uns ont considéré que l’avis de la majorité constitue un consensus ; d’autres ont attribué le statut de consensus à toute question dans laquelle ils ne connaissent pas de divergence – quand bien même ils ne seraient pas certains qu’il n’en existe aucune – et l’ont ainsi déclarée consensuelle. D’autres encore ont tenu pour consensus l’opinion d’un Compagnon [célèbre] et largement répandue lorsqu’ils ne connaissent, parmi les Compagnons, aucun contradicteur – [fût-il établi qu’il y ait divergence chez les Tâbiʿîn ou chez ceux qui les ont suivis, ils la comptent tout de même comme consensus]. D’autres ont considéré comme consensus l’avis d’un Compagnon dont ils ne connaissent pas d’opposant parmi les Compagnons – qu’Allah les agrée –, même si cet avis n’est ni renommé ni largement diffusé. Certains encore ont estimé que la position des gens de Médine constitue un consensus ; d’autres, que celle des gens de Kûfa en est un ; d’autres enfin ont prétendu que l’accord de la deuxième génération, autour d’une ou de plusieurs opinions déjà existantes à l’époque qui la précédait, constitue un consensus. »