Dans les traités consacrés aux divergences, les auteurs opposent à leurs contradicteurs des prémisses que ceux-ci admettent eux-mêmes, puis déclarent : « La chose est établie par consensus », c’est-à-dire par nous comme par vous. Une grande partie de leurs preuves repose ainsi sur des transmissions dialectiques reconnues par l’adversaire, leur seul but étant de montrer que leur avis l’emporte sur celui du contradicteur. Par conséquent, ils ne démontrent rien d’autre que la faiblesse de l’opinion adverse et la prépondérance de la leur, ce qui n’apporte ni science certaine ni argument permettant de connaître le jugement d’Allah et de Son Messager.
Cela apparaît clairement dans la parole d’Abû Hâmid : « Deuxièmement, s’il rattache à ce serment l’affranchissement d’un esclave ou un divorce, celui-ci se réalise dès que la condition se réalise, sans aucune divergence, car il s’agit d’un divorce ou d’un affranchissement suspendu à une condition qui prend effet lorsqu’elle survient. »
Il nie donc la divergence à propos du serment entraînant l’affranchissement, tout comme il la nie pour le serment entraînant le divorce. Pourtant, des savants de moindre envergure qu’Abû Hâmid connaissent l’existence d’un désaccord touchant l’affranchissement ; il est mentionné dans les mêmes ouvrages où Abû Hâmid puise les divergences, tels que les livres d’Abû Bakr Ibn al-Mundhir et d’autres.
À supposer même qu’Abû Hâmid ait nié toute divergence en la matière, Abû Thawr, Muhammad ibn Nasr, Muhammad ibn Jarîr, Abû Bakr Ibn al-Mundhir, Abû ‘Umar Ibn ‘Abd al-Barr, Ibn Hazm et bien d’autres ont rapporté l’existence d’un désaccord sur l’affranchissement parmi les Compagnons et les Successeurs. Or, il est notoire que chacun de ces savants possède une connaissance des écoles des Compagnons et des Successeurs, ainsi que de leurs divergences, supérieure à celle d’Abû Hâmid ; que dire lorsqu’on les considère tous ensemble !
Il est établi, en outre, que la transmission d’un savant affirmant l’existence d’une divergence l’emporte sur celle d’un autre qui la nie : l’un établit un fait, l’autre le nie. Et cela même si celui qui nie était catégorique, la négation étant parfois connaissable, comme la négation d’Usâma — qu’Allah l’agrée — de l’accomplissement d’une prière à l’intérieur de la Ka‘ba (1), car il fut catégorique dans sa dénégation.