Ceux qui leur succédèrent se rangèrent à leur avis dans la transmission de cette controverse, et nul parmi les générations postérieures n’affirma qu’ils s’étaient mépris en la rapportant. Puis tu te prévaux de leur transmission d’un consensus, alors même que d’autres qu’eux ont contesté ce consensus, disant qu’ils se sont trompés et que la question relève d’une divergence et non d’un accord unanime — fût-il vrai qu’aucun ne les eût contredits. Dès lors, le fait qu’ils rapportent l’avis de chacun des savants, tout en niant qu’aucun savant ne leur ait opposé contradiction, sans fournir de chaîne pour chacun d’eux ni de chaîne établissant l’absence d’opposant, n’a pas plus de poids que leur transmission, avec chaînes de narration, de propos de certains Compagnons et Successeurs, qu’ils ont reproduits mot pour mot et par lesquels l’on connaît leurs écoles. Si donc l’on récuse la transmission prépondérante qu’ils maîtrisent le mieux, à plus forte raison doit-on récuser la transmission plus faible qu’ils ne connaissent pas avec la même précision.
Or, dans le Livre d’Allah — exalté soit-Il — et dans la Sunna de Son Messager ﷺ, qu’Allah — Puissant et Majestueux — s’est engagé à préserver, se trouvent une suffisance dispensant de tout madhhab et une richesse rendant superflue toute parole humaine. Elles suffisent donc face aux écoles juridiques célèbres comme aux autres. Il découle de cela qu’aucune parole n’est véridique sinon celle qui concorde avec le Livre et la Sunna ; tout consensus infaillible est conforme au Livre et à la Sunna, et ce qui les contredit ne saurait être un consensus authentique. La référence demeure donc le Livre et la Sunna.
Quant aux questions controversées que l’on décrit comme « faisant l’objet d’un consensus » ou « sujettes à divergence » [170b], si elles relèvent réellement du consensus, elles doivent nécessairement être exposées dans le Livre et la Sunna ; et si elles sont disputées, la vérité y est ce qui s’accorde avec le Livre et la Sunna.
S’agissant enfin d’Abû Hâmid al-Isfarâ’înî — qu’Allah lui fasse miséricorde —, son intention était de nier la divergence entre les deux madhhabs, celui d’Abû Hanîfa et celui d’Ash-Shâfiʽî — qu’Allah les agrée —, comme l’indique le contexte de ses propos ; c’est là une méthode bien connue des auteurs d’ouvrages consacrés aux divergences juridiques.