Quant au troisième point, il s’agit du consensus inductif (al-ijmâʿ al-istiqrâ’î). Celui-ci consiste pour le savant à passer en revue, autant qu’il lui est possible, les dires des savants, puis à constater qu’aucun ne s’y est opposé. Il est manifeste que la connaissance qu’il a des propos qui lui sont parvenus est plus complète que la connaissance qu’il a de l’inexistence d’un contradicteur à leur encontre (1).
Or cet objecteur met en cause la transmission même de ces paroles rapportées d’eux. Comment, dans ces conditions, pourrait-on affirmer qu’ils ont été unanimes sur une opinion concernant des questions qui n’ont pas clairement apparu comme faisant partie de la religion du Messager – paix et bénédictions d’Allâh sur lui –, qui ne comptent pas non plus parmi les sujets devenus célèbres chez les Compagnons ni chez l’ensemble des Successeurs, de sorte qu’ils les auraient approuvées sans qu’aucun contestataire ne les ait réprouvées ? Tout ce que l’on possède à ce sujet se limite, au mieux, à des fatwâs particulières portant sur des cas déterminés émanant de quelques Successeurs ; on ne sait pas que ces avis aient atteint l’ensemble des Successeurs, ni même la majorité d’entre eux, et l’on ne sait pas davantage qu’ils aient atteint tous ceux qui, dans la ville même du mufti, vivaient parmi eux (2).
Le même objecteur a affirmé plus loin, lorsqu’il évoqua le hadith de Laylâ bint al-ʿAjamâ’ :
« En somme, ce point est source d’ambiguïté, en raison de la distinction précédemment évoquée entre les formules verbales transitives (3). »
Et il ajouta : « C’est pour cette raison – et Allâh sait mieux – que certains ont dit qu’il n’est pas permis au simple profane de se conformer à de tels anciens madhâhib. Ce n’est nullement – à Dieu ne plaise – à cause de leurs fondateurs, car ils sont des imâms de la guidée et des sources de science ; mais on n’a pas accordé d’attention au rassemblement des propos de ceux qui les ont professés (4). »