« … est affranchi si j’accomplis telle ou telle action » ; tel est le propos qu’ils attribuent à ces savants : Abû Thawr, Muḥammad b. Naṣr, Abû Bakr b. al-Mundhir, Muḥammad b. Jarîr, Ibn ʿAbd al-Barr, Ibn Ḥazm, ainsi qu’à plusieurs autres parmi les ulémas appartenant à l’école d’al-Shâfiʿî, à celle d’Aḥmad et à d’autres encore.
Comment, dès lors, se prévaloir de ce que quelques-uns d’entre eux ont présenté comme un consensus, tout en négligeant ce qu’ils ont tous, unanimement, rapporté quant à l’existence d’une divergence ? D’autant que, pour ce qui est des divergences qu’ils rapportent(1), ils en sont plus connaisseurs que lorsqu’ils prétendent l’absence de divergence ; en effet, établir qu’il n’existe aucune divergence est soit impossible, soit extrêmement ardu, tandis que constater l’existence d’une divergence est chose aisée.
De plus, lorsqu’ils relatent la divergence(2), ils la rapportent avec la chaîne de transmission connue remontant aux Compagnons, alors que, lorsqu’ils évoquent un consensus, ils ne citent aucun isnâd émanant d’un savant musulman, et il ne leur est même pas parvenu, à ce sujet, la moindre parole de la majorité des ulémas. Ainsi, si l’on critique ce qui est transmis(3) des propos, dûment attestés, de certains Salaf, comment serait-il possible, dans ces conditions, de recueillir les paroles de l’ensemble d’entre eux, alors même que nous ne connaissons, pour la plupart, aucun avis sur la question ?
En outre, cette question n’appartient pas aux sujets manifestement reconnus, tant par la masse que par l’élite, comme faisant partie de la religion du Messager – paix et bénédictions d’Allâh sur lui – de sorte qu’il serait obligatoire pour tout musulman de l’admettre. Elle n’est pas non plus de celles dont on sait qu’elles se sont largement répandues parmi les Compagnons ou l’ensemble des musulmans sans qu’aucun contestataire ne s’y oppose, au point qu’on puisse parler d’un consensus tacite (ijmâʿ iqrârî).
Les formes de consensus susceptibles de servir de preuve sont, en vérité, au nombre de trois : le consensus total (ijmâʿ iḥâṭî), le consensus tacite (ijmâʿ iqrârî) et le consensus induit par l’examen (ijmâʿ istiqrâʾî)(4).
Le premier est celui qui englobe la certitude que les Compagnons