Peut-être les gens ont-ils divergé(1).
Abū Thawr était le contemporain d’Aḥmad — qu’Allah leur fasse miséricorde —, et tous deux étaient de Bagdad, la contrée qui, à cette époque, comptait le plus de savoir en terre d’Islam. Après Aḥmad, il était l’érudit le plus célèbre de son temps pour son ijtihād et ses fatwā, et l’on questionnait fréquemment Aḥmad au sujet de ce qu’il disait. C’est pour cette raison qu’Abū Isḥāq, dans ses « Ṭabaqāt des fuqahāʾ mujtahidīn », le mentionna en premier après Aḥmad ibn Ḥanbal, puis cita ensuite Ibn Jarīr al-Ṭabarī et Dāwūd ibn ʿAlī al-Aṣbahānī(2).
Aḥmad faisait parfois son éloge, allant jusqu’à dire : « À mes yeux, il est dans la peau d’al-Thawrī »(3). Mais lorsque lui parvenaient de sa part des avis contraires à la Sunna et aux propos des Compagnons — tels que sa permission de consommer les bêtes abattues par les mazdéens, entre autres —, il tenait à son encontre des paroles dures(4).
Pourtant, Abū Thawr ne prétendit ignorer la divergence que s’agissant de la non-obligation de l’expiation, et non de la survenance du divorce. Quand bien même on supposerait que personne, dans la communauté, n’ait parlé de l’expiation, cela n’impliquerait pas qu’ils soient unanimes sur la survenance du divorce. En effet, du vivant d’Abū Thawr — et avant même la rédaction des ouvrages — certains soutenaient que le divorce suspendu à une condition ne se réalise pas ; d’autres distinguaient entre la suspension assimilée à un serment et celle destinée à faire advenir le divorce, validant la seconde sans prononcer le divorce dans le cas du serment ; d’autres encore considéraient que la suspension relevant du serment, telle que le fait de suspendre