Si l’on objecte :
L’adversaire n’entendait par sa parole : « du fait de la notoriété de cette expression dans le sens de la condition suspensive » (1) que le cas où l’on parle en l’énonçant de manière conditionnelle, comme lorsqu’il dit : « Si je voyage, le divorce m’est obligatoire », et il a assimilé la formule de serment à la formule conditionnelle.
Nous répondons : Certes, nous concédons qu’il visait cela ; toutefois, la possibilité pour le terme de porter ce sens lorsqu’il est suspendu est la même que lorsqu’il est prononcé pour produire immédiatement ses effets. Ce qui fait donc que le divorce prend effet, dans le cas de la condition, n’est pas le seul fait qu’il s’agisse (2) d’une suspension, mais bien qu’il s’agisse d’une suspension destinée à faire advenir le divorce. Autrement, s’il avait visé par la suspension un vœu, il s’agirait d’une suspension relative au vœu et non au divorce ; aucun divorce n’en résulterait et, puisque le divorce n’est pas en soi un acte d’obéissance envers Allah, il ne serait pas tenu de prononcer la répudiation. Il ne lui incomberait (3) qu’en cas de serment l’obligeant à agir ou de vœu l’obligeant à le faire, d’acquitter l’expiation d’un serment. Ce qui produit juridiquement l’effet, c’est que la formule est couramment employée pour signifier la mise à exécution du divorce, non pour en formuler le vœu.
Quant à sa parole : « Autrement, elle n’a, du point de vue linguistique, aucune indication de suspension ni de serment », il ne visait pas par là la formule prononcée de façon immédiate, car celle-ci n’est ni une suspension ni un serment ; le sens le plus répandu qu’elle véhicule est l’exécution, et cela concorde avec la langue : comme il a été dit, le mot ṭalāq est employé comme ism al-maṣdar du terme taṭlīq (4), et comme maṣdar du verbe intransitif qui lui correspond, à savoir « ṭaliqat ṭalāqan ». On dit en effet : « Je l’ai divorcée, alors elle a été divorcée (ṭallaqtu-hā fa-ṭaliqat) », et l’expression ṭaliqat n’a d’autre maṣdar que celui-là. À l’inverse, pour l’énoncé : « Il l’a divorcée (ṭallaqahā) », son maṣdar régulier est taṭlīq, et ṭalāq