La majorité des juristes s’opposent à cette opinion et l’ont réfutée par l’exemple de la garantie (ḍamān) : en effet, la garantie est l’engagement, pour la caution, d’acquitter la dette du débiteur sans contrepartie contractuelle, et pourtant elle devient impérative. Or, celui qui prononce un vœu (nâdhir) s’engage envers Allah à accomplir un acte cultuel ; tous deux sont donc liés par un engagement : celui-ci s’oblige envers Allah – exalté soit-Il – par obéissance, et celui-là s’oblige envers une créature à régler sa dette. Quant à la promesse (waʿd), la question fait l’objet de divergences et de distinctions qu’il n’est pas opportun de développer ici (1).
De plus, Allah a qualifié le vœu de « promesse » (2). Nous ne disons donc pas que toute promesse n’implique pas l’obligation de s’en acquitter ; la controverse porte plutôt sur ce point : la promesse, en elle-même, engendre-t-elle une obligation, ou bien ne l’engendre-t-elle que dans des cas précis, tels que le vœu (nadhr) et la garantie (ḍamān) ?
Quant à son affirmation : « À notre époque, il est impossible d’émettre une fatwā à ce sujet », elle est exacte – et il en allait de même en dehors de notre époque – sauf à supposer que certaines personnes aient réellement voulu par cette formule exprimer un vœu ; cela a peut-être existé à l’époque d’Abû Ḥanîfa, raison pour laquelle il la considéra comme un vœu. Or, chez la plupart de ceux qui emploient aujourd’hui cette expression, l’intention est la mise à exécution (de l’acte) et non le vœu ; il convient donc d’interpréter leurs propos selon le sens qui est couramment connu parmi eux.
Quant à son argument : « Parce que cette locution est communément utilisée dans le sens de la condition suspensive », c’est un argument invalide, car cette locution s’emploie aussi bien de façon absolue que conditionnelle. Ainsi l’on dit : « Le divorce m’est obligatoire envers toi », ou : « Le divorce m’est devenu obligatoire. »