Cette expression n’a été transférée, par l’usage, qu’à ce seul sens ; en elle-même, elle ne comporte aucune indication linguistique ni de suspension, ni de serment.
Ils ont même poussé l’extension de cette règle jusqu’à l’appliquer à la formule : « Le divorce lui échoit, lâ faʿaltu », ainsi que cela est rapporté d’Abû Saʿîd Aḥmad ibn Muḥammad ibn Namîr al-Khwârazmî, dit « al-Ḍarîr » (1).
— Cet Abû Saʿîd était contemporain du qâḍî (2) Abû Ṭayyib et mourut avant lui ; l’on dit qu’il n’y eut, en son temps, après Abû Ṭayyib, personne de plus versé que lui en jurisprudence (3). — Il déclara, pour répondre à ceux qui affirment : « Tu es répudiée, lâ dakhaltu ad-dâr » : le « lâ » n’y remplace pas une particule conditionnelle ; la répudiation ne se réalise qu’au moment de l’entrée [dans la maison].
La raison en est que la locution « Tu es répudiée » peut tenir lieu de « Je jure » ou « Je fais un serment » ; la preuve en est que, s’il disait : « Tu es répudiée si je jure [puis ajoutait : Tu es répudiée si] tu entres dans la maison », le divorce prendrait effet (4)(5)(6).
(1) Il s’agit d’Aḥmad b. Muḥammad b. ʿAlī b. Numayr, Abū Saʿīd al-Khwārizmī al-Ḍarīr, l’un des juristes de l’école shāfiʿite, qu’on plaçait avant Abū al-Qāsim al-Karkhī et Abū Naṣr al-Thābitī. Il est décédé en 448 H. Pour sa biographie, voir : Tārīkh Baghdād, t. 6, p. 233 ; Ṭabaqāt al-Shāfiʿiyya d’Ibn al-Ṣalāḥ, t. 1, p. 391 ; Ṭabaqāt al-Shāfiʿiyya al-Kubrā, t. 4, p. 84. (2) À l’origine : « al-qāḍī », lecture confirmée par al-Taḥqīq. (3) Ce terme est employé par al-Khaṭīb dans Tārīkh Baghdād (t. 6, p. 233). (4) Ce qui est placé entre guillemets dans al-Taḥqīq et Ṭabaqāt al-Shāfiʿiyya. (5) Suite de son propos : « Le divorce intervient avec la seconde formule ; la proposition conditionnelle est alors devenue un serment, et dès qu’elle l’est puis qu’elle est suivie de la particule lā, elle produit son effet — comme dans l’exemple : “Wallāhu lā dakhaltu” (Par Dieu, je n’ai pas pénétré). Et si l’on disait : “Wallāhu lā dakhaltu al-dār” (Par Dieu, je n’ai pas pénétré dans la maison), ce serait un serment. En effet, pour l’affirmation, l’assertion se forme avec la particule in- et la lām ; on dit alors, en négation : “Wallāhu lā dakhaltu al-dār”, en affirmation : “Lata’dkhulanna al-dār”, et l’on ajoute : “In dakhalti fa-anti ṭāliqa” (Si tu entres, tu es divorcée). » (Ibn al-Ṣalāḥ, Ṭabaqāt al-Shāfiʿiyya, t. 1, pp. 392-393). (6) al-Taḥqīq, pp. 43a-44a.