Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

Le texte explicite – tel que le font les grands disciples d’al-Shâfiʿî, d’Aḥmad et d’autres – lorsqu’ils trouvent de l’Imâm un énoncé sur une question, puis un autre énoncé, sur une question semblable, qui lui est contraire, ils en déduisent alors pour lui deux avis. Ces deux avis se contredisent, et le fait que la parole de l’Imâm soit contradictoire n’empêche nullement qu’il y ait ainsi deux opinions déduites pour lui, exactement comme s’il avait lui-même formulé deux avis opposés.

Ainsi, tous les imâms – les quatre célèbres et les autres – peuvent avoir, sur une même question, deux avis explicites et contradictoires ; leur contradiction n’empêche pas qu’ils leur soient tous deux attribués, car les savants ne sont pas des prophètes infaillibles : ils sont simplement des mujtahidûn. Lorsqu’il n’existe dans la question que deux avis, l’un seulement sera conforme au jugement d’Allah et de Son Messager, tandis que l’auteur de l’autre avis est récompensé pour son effort d’interprétation, son erreur lui étant pardonnée. Ainsi, considérer la contradiction des propos des savants comme un obstacle à la transmission de leurs avis divergents contredit la pratique adoptée par la majorité des savants, lesquels rapportent d’un même savant plusieurs opinions contradictoires.

Il est d’ailleurs évident qu’un homme ne peut pas croire en deux opinions opposées au même instant ; il adhère à l’une à un moment, puis à l’autre à un autre moment. Il se peut même qu’il énonce, dans un même temps, deux avis ; cela signifie qu’il suspend son jugement : doit-il retenir celui-ci ou celui-là ? La question, à ses yeux, peut se prêter aux deux solutions. Il ne vise pas par là à affirmer catégoriquement que les deux sont son opinion – aucun homme raisonnable ne dirait cela. Tel est le sens de l’expression d’al-Shâfiʿî : « Sur cette question, il y a deux avis », expression qu’utilise également Aḥmad. Il arrive encore qu’ils mentionnent les avis sans en privilégier aucun ; et lorsqu’il se tiennent dans l’expectative, leurs disciples laissent la question sur

(1) al-Masawwada (tome 2, p. 940 et suivantes). Voir ce qui précède (p. 274 et suivantes).
المنصوص؛ كما يفعل ذلك كبراء أصحاب الشافعي وأحمد وغيرهما إذا وجدوا للإمام نصًّا في مسألة، ووجدوا له نصًّا في أخرى مثلها بخلاف ذلك= خَرَّجُوا له فيهما قولين، والقولان متناقضان، ولا يمنع تناقض قول الإمام أَنْ يكون في ذلك قولان مخرجان، كما لو نَصَّ على قولين متناقضين (١) . فالأئمة كلهم ــ الأربعة وغيرهم ــ يكون لأحدهم في المسألة الواحدة قولان [١٣٥/ أ] صريحان متناقضان، ولا يمنع تناقضهما أَنْ يكونا قولين له، لأنَّ العلماء ليسوا بأنبياء معصومين، وإنما هم مجتهدون، وإذا لم يكن في المسألة إلا قولان = كان القول الموافق لحكم الله ورسوله أحدهما دون الآخر، وصاحب القول الآخر مأجورٌ على اجتهاده وخطؤه مغفورٌ له؛ فمن يجعل تناقض أقوال العلماء مانعًا من حكاية الأقوال المتناقضة عنهم = كان هذا مخالفًا لما عليه عامةُ العلماء في حكايتهم عن العالم الواحد عدة أقوال متناقضة. ومعلومٌ أنه لا يعتقد القولين المتناقضين في وقت واحد، بل يعتقد هذا في وقت وهذا في وقت، وقد يقول في الوقت الواحد قولان، ويكون معنى ذلك التوقف؛ هل يقول بهذا أو بهذا؟ وأَنَّ المسألة تحتمل هذا وهذا، ليس مراده الجزم بأنَّ هذا قوله وهذا قوله؛ فإنَّ هذا لا يقوله عاقل، وهذا معنى قول الشافعي في المسألة قولان، وهذا يقوله أحمد ــ أيضًا ــ، وقد يذكر الأقوال ولا يرجح واحدًا منها، وإذا توقف جَعَلَ أصحابُهُ المسألةَ على
(١) المسوَّدة (٢/ ٩٤٠ وما بعدها). وانظر ما تقدَّم (ص ٢٧٤ وما بعدها).

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