Le cercle vicieux dans les espèces consiste, par exemple, à dire :
« La cause du noir est l’absence de blanc, et la cause du blanc est l’absence de noir. »
Cela revient à déclarer :
« L’affranchissement se réalise parce qu’il n’y a pas d’expiation, et l’expiation devient obligatoire parce qu’il n’y a pas d’affranchissement », c’est-à-dire à faire dépendre l’existence de chacun des deux contraires de l’inexistence de l’autre ; or cela est invalide.
Il convient plutôt de dire :
« Le noir est cause de l’absence de blanc, et le blanc est cause de l’absence de noir. »
De même, l’on dira :
« L’affranchissement est advenu ; il n’y a donc pas d’expiation », ou bien :
« L’expiation est devenue obligatoire ; il n’y a donc pas d’affranchissement. »
Ainsi, c’est l’existence de l’un qui empêche l’autre, et non l’absence de l’un qui engendre l’existence de l’autre ; en effet, l’inexistence n’engendre aucune existence, alors que c’est l’existence qui implique l’inexistence.
Il s’agirait sinon d’un cercle vicieux dans l’argumentation et la démonstration : si l’on pose que l’absence de chacun des deux est la cause de l’existence de l’autre, tandis que l’un ne disparaît qu’en présence de son contraire, il serait impossible d’établir l’existence de ce contraire avant la disparition de l’autre, ni de faire disparaître celui-ci avant l’existence de celui-là, ni de faire exister celui-là avant la disparition de celui-ci ; c’est là précisément le cercle vicieux.
Ainsi, lorsque l’on avance : « L’expiation n’est obligatoire que si l’affranchissement n’existe pas », même si la présence de l’un des deux contraires accompagne l’absence de l’autre, il n’est pas admissible de faire de l’absence de chacun d’eux la cause de l’existence de l’autre, car la cause doit nécessairement précéder l’effet. Or l’absence de l’un des deux, en l’occurrence, ne survient qu’en même temps que l’existence de l’autre ; elle ne peut en aucune façon le précéder, ni par la raison ni dans l’ordre de l’existence. Il est donc impossible qu’elle en soit la cause ; si toutefois on la posait comme telle, on retomberait dans le cercle vicieux.
Par là même apparaît la réponse à l’objection de l’adversaire qui disait : « Le cercle vicieux consiste en ce que chacun des deux dépend de l’autre ; il ne se produirait ici — prétend-il — que si l’obligation de l’expiation était expliquée par la non-réalisation de l’affranchissement, et la non-réalisation de l’affranchissement expliquée par l’obligation de l’expiation ; on tomberait alors dans la circularité, soit selon la seconde prémisse qu’il a mentionnée, à savoir que la survenance de l’affranchissement est expliquée par l’absence de… »