Cet objectant s’imagina donc que le répondant visait le contraire de ce qui précède, et il l’accusa de manque d’équité et d’extrême obstination ; c’est, en réalité, le signe de son propre manque d’équité et de son obstination, puisqu’il a prétendu que le répondant poursuivait pareille intention. Quiconque examine les propos du répondant comme il l’a fait, ou possède à leur sujet une connaissance ne fût-ce que moyenne, sait d’une science nécessaire que le répondant ne visait nullement ce sens et que celui qui le lui attribue est précisément l’obstiné dépourvu d’équité. Cette conclusion vaudrait déjà si les paroles du répondant indiquaient clairement ce sens ; que dire alors quand le texte ne le suggère même pas de façon manifeste !
En effet, l’énoncé : « Il a juré par cela afin qu’il ne se réalise pas » peut se comprendre, si l’on prend « afin » (qaṣdan) à l’accusatif de circonstance (ḥâl), au sens de : « ayant l’intention que l’affranchissement ne se produise pas ». L’emploi du nom verbal comme ḥâl est fort répandu, tout comme l’on exprime fréquemment l’agent par le maṣdar, ainsi qu’on le voit dans la formule : « un homme équité même ».
Il se peut aussi que le sens soit : il a accompli l’acte parce que son intention permanente était que l’affranchissement ne survienne pas, de la même façon que l’on dit : « Je me suis abstenu de la guerre par lâcheté », c’est-à-dire : la lâcheté m’y a poussé ; de même, son intention de voir l’affranchissement ne pas se réaliser l’a incité à cet acte.
C’est à cela que renvoie la parole du Très-Haut : « Ils dépensent leurs biens en quête de l’agrément d’Allah » (al-Baqarah, 2 : 265) et Sa parole : « … sinon pour rechercher la Face de leur Seigneur, le Très-Haut » (al-Layl, 92 : 20). En effet, la quête de la Face du Seigneur est ce qui les a poussés à agir, et cette quête existait avant l’action.
Il est encore possible que le sens soit le suivant : au moment du serment, il renforce son intention que l’affranchissement ne se produise pas et la renouvelle dans son cœur, en même temps qu’il vise à empêcher la survenue de la contrepartie ; avant de prêter serment, il se peut qu’il fût inattentif à cette intention, puis, au moment du serment, elle s’établit dans son cœur. Ainsi, par son serment, il entend se prémunir de la condition, et il veut également se priver du résultat ; cette résolution de se soustraire au résultat naît à l’instant même du serment, quand bien même il en eût été distrait auparavant, et son intention, par le serment,