si vous tuez l’un quelconque de nos prisonniers, nous en exécuterons d’autres et nous ferons ceci ou cela ; il les menace ainsi d’un châtiment pénible pour eux.
Dans ces deux cas, l’objet même de la suspension est d’empêcher la réalisation d’un acte. Toutefois, lorsque la suspension est assortie d’une conséquence que celui qui suspend déteste, de sorte qu’au cas où la condition se réalise elle ait la valeur d’un serment, l’intéressé ne jure ainsi que sur lui-même et sur la personne dont il pense qu’elle ne le fera pas manquer à son serment et ne l’obligera pas à ce qu’il répugne à assumer. En effet, on sait que, dès qu’il prête serment, il abhorre de voir s’abattre sur lui ce qui lui incomberait, quand bien même il ne s’agirait que de l’expiation ; il ne prête donc serment qu’à l’égard de celui dont il croit qu’il ne le contraindra pas à ce qu’il déteste. Quant à celui qu’il estime vouloir lui nuire, l’obliger à ce qu’il hait et s’acharner à lui faire du tort, il se soucie peu qu’il prête ou non serment ; bien davantage, le serment serait de nature à l’exciter à lui faire manquer sa parole, chose qui, d’ordinaire, n’est pas l’objet d’un serment.
Aussi, lorsqu’il veut contenir un tel individu, il le fait par la menace d’un châtiment que l’autre redoute ; il lui dit : « Si tu fais telle chose, je te ferai ceci et cela », et ne se contente pas d’un simple serment où, en cas de violation, c’est le jurant lui-même qui se voit imposer ce qu’il exècre.
Or la répudiation (ṭalâq) est, tantôt détestée par l’homme, tantôt par la femme, tantôt par tous deux, tantôt par aucun ; les situations de sa suspension varient donc en conséquence.
Ainsi, il arrive que le mari dise à son épouse : « Si tu fais telle chose, tu es répudiée », n’entendant par là qu’un serment, parce qu’il répugne au divorce dans l’hypothèse où la condition se réaliserait, et parce qu’elle, de son côté, répugne pareillement à voir la répudiation devenir effective ; soit qu’elle déteste de le faire manquer à son serment – par désir pour lui ou par crainte de lui – même si, en soi, elle n’abhorre pas le divorce ; soit qu’elle déteste qu’il la répudie, quand bien même elle ne verrait pas d’inconvénient à le faire manquer à un autre serment. Il se peut aussi qu’elle déteste l’un et l’autre : manquer à son serment par égard pour lui, et être répudiée en raison du tort que le divorce lui causerait.
Il se peut enfin que l’homme imagine que sa femme déteste à la fois le divorce et le fait de le faire manquer à son serment, alors qu’il n’en est rien