On dira alors : « Voilà une erreur manifeste. »
En effet, lorsqu’on dit : « Un homme a répudié son épouse d’une répudiation définitive si elle sort », cette formulation peut signifier qu’il veut que le divorce prenne effet lorsqu’elle sortira, ou bien qu’il ne s’agit que d’un serment ; et, dans l’usage des gens, l’expression sert indifféremment aux deux. Ils disent : « Il a déclaré : “Tu es répudiée si tu fais telle chose” », aussi bien lorsqu’il entend faire tomber le divorce que lorsqu’il entend seulement prêter serment.
Celui qui vise à faire tomber le divorce entend la répudier, soit pour la punir de sa désobéissance, soit parce qu’il lui répugne de demeurer avec une femme qui le contredit ou qui sort, car sa sortie lui cause un tort qu’il ne peut tolérer tout en restant avec elle.
Quant à celui qui vise le serment, il ne souhaite pas que le divorce se réalise si elle sort ; il veut uniquement l’en empêcher et la dissuader. En réalité, il ne désire pas divorcer d’elle, qu’elle sorte ou non ; bien au contraire, il s’en abstient, comme s’il disait : « Le divorce m’incombera si tu sors », ou comme s’il jurait par un autre serment qu’elle ne sortira pas, ou encore : « Si tu sors, mes esclaves seront affranchis, mes biens seront donnés en aumône, toi et toutes mes autres épouses serez répudiées », et autres formules que l’on emploie habituellement à titre de serment, sans vouloir que les conséquences qu’elles énoncent se réalisent.
Nous avons déjà mentionné que, à l’époque d’Ibn ʿUmar et des Compagnons, l’intention de faire tomber le divorce par une telle formule était plus manifeste que celle d’en faire un serment, car ils n’avaient pas l’habitude de jurer par le divorce. C’est pourquoi Ibn ʿUmar – qu’Allâh l’agrée, lui et son père – répondit qu’elle serait divorcée si elle sortait : soit parce que la formule employée l’indiquait explicitement, soit parce qu’il le comprit d’un indice, soit encore parce que, cette locution étant d’usage chez eux pour faire advenir le divorce et non pour prêter serment, Ibn ʿUmar l’a comprise ainsi, même si l’auteur de la formule n’avait eu que l’intention du serment, chose qu’Ibn ʿUmar ignorait.
En outre, l’intention du serment étant contraire au sens apparent, il ne lui demanda pas de précisions en ces termes : « Avais-tu voulu (1) le contraire… »