Quiconque rapporte l’existence d’un consensus au sujet du taʿlîq (suspension) ou du ḥilf (serment) ne connaît, en réalité, que l’avis de quelques mujtahidûn dans ces questions ; on ne dispose chez eux d’aucune formulation générale, ni pour la suspension ni pour le serment. Il a simplement étendu, par analogie, les cas passés sous silence à ceux qui ont été explicitement traités, sans avoir conscience de l’existence d’une divergence chez d’autres.
Son rapport repose donc sur deux prémisses :
- Il transmet leurs écoles en recourant tantôt à une analogie valide, tantôt à une analogie défaillante ;
- Il ignore l’existence d’un contradicteur, au lieu d’avoir la certitude de son inexistence.
Lequel de ces deux modes de transmission mérite dès lors d’être suivi ? Celui-là, ou celui qui cite textuellement leurs propres paroles montrant qu’ils considéraient la suspension employée comme serment comme un serment nécessitant kaffâra, et qu’ils assimilaient les serments sur lesquels ils gardaient le silence à ceux pour lesquels ils avaient donné fatwa, alors même que, de certains d’entre eux, on possède une formule générale concernant le serment par le divorce, telle la parole de Ṭâwūs : « Le serment par le divorce n’est rien. »
Par ailleurs, il est établi de Ṭâwūs que, pour la suspension de l’affranchissement destinée à servir de serment, la suspension d’un vœu, et tout ce qui est de cet ordre, il s’agit d’un serment soumis à kaffâra. On dispose donc de lui d’un texte général sur le serment par le divorce, ainsi que d’un texte relatif au serment par l’affranchissement, le vœu et ce qui leur est analogue, affirmant qu’il s’agit d’un serment requérant kaffâra.
Il apparaît donc clairement, à quiconque médite ces propos (1), que la transmission selon laquelle ces Compagnons et Successeurs affirmaient, au sujet de la suspension du divorce destinée à constituer un serment, qu’il s’agit d’un serment et non d’un divorce obligatoire, est plus exacte et plus solide que celle qui leur attribue l’idée que tout divorce suspendu à une condition, ou tout divorce assorti d’un serment, devient irrémédiablement effectif.