où la distinction entre l’intention de prêter serment et celle de mettre le divorce à exécution demeure voilée ; or, si le cas subtil a pu déconcerter le savant, il ne s’ensuit pas que le cas manifeste lui échappe.
En effet, dans le divorce conditionnel, il existe des formules qui n’impliquent ni incitation ni dissuasion, ni affirmation ni dénégation, telles que le lier à l’état de pureté rituelle de l’épouse, à l’entrée d’un mois, ou à des circonstances analogues ; pour aucun musulman, cela n’est considéré comme un serment nécessitant une expiation.
Il existe aussi des formules qui comportent incitation ou dissuasion, mais où l’époux peut vouloir que le divorce prenne effet dès que la condition se réalise ; or, s’il a réellement cette intention, ce n’est pas non plus, pour quiconque parmi les musulmans, un serment expiable.
Mieux encore, au sujet de cette catégorie et de la précédente, certains savants ont même déclaré qu’aucun divorce n’y a lieu, ainsi que l’ont affirmé Abû ʿAbd ar-Raḥmân ash-Shâfiʿî (1) et Ibn
[(1) Il s’agit d’Aḥmad ibn Yaḥyà ibn ʿAbd al-ʿAzīz al-Baghdādī, l’un des esprits les plus brillants et l’un des élèves éminents de Shâfiʿî ; c’est pourquoi on le surnomma al-Châfiʿî. Abû Thawr rapporte : « Nous fréquentions Shâfiʿî, et il nous mettait en garde : “N’allez pas voir Abû al-Rahmân, il vous induit en erreur, car il se trompe et sa vue est faible.” » Interrogé sur les compagnons de Shâfiʿî, Abû Dâwûd al-Sijistânî en cita plusieurs, puis ajouta : « Et un homme peu estimé : Abû al-Rahmân Aḥmad ibn Yaḥyà (dit Shâfiʿî), parce qu’il a changé d’avis et s’est rallié à la doctrine des Muʿtazila. » Al-Daraqutnî observe : « Il comptait parmi les principaux compagnons assidus de Shâfiʿî à Bagdad, puis il rejoignit les partisans d’Ibn Abî Dûʿâd et adopta son avis. » L’imâm Abû Isḥâq confirme cet état de fait. Ibn Kathîr, commentant cette adhésion, précise : « Il ne rejoignit l’avis d’Ibn Abî Dûʿâd que sur la question de la création du Coran ; quant aux branches secondaires, il demeura fidèle à la doctrine de l’imâm Shâfiʿî, et plusieurs explications peuvent être avancées à ce sujet. » Ibn Ḥajar note dans al-Lisān al-Mīzān (t. 9, p. 113) : « Parmi les expressions particulières d’Abû al-Rahmân, on trouve : “Le divorce ne prend pas effet par les qualificatifs.” » Voir sa notice dans : Tārīkh Bagdad, t. 6, p. 441 ; Tārīkh al-Islām, t. 5, pp. 736, 981 ; Sīyar Aʿlām al-Nubalāʾ, t. 10, p. 555 ; Ṭabaqāt al-Shâfiʿiyya al-kubrā d’Ibn al-Subkī, t. 2, p. 64 ; Ṭabaqāt al-Shâfiʿiyya d’Ibn Kathīr, p. 124 ; al-Taḥqīq d’al-Subkī, t. 10/A]