« Le problème, dans la transmission des doctrines des savants, est mineur »(1) ; cet énoncé se retourne pourtant contre son auteur lorsqu’il revendique l’autorité du ḥadîṯ de ʿUthmân ibn Ḥâḍir(2) pour étayer les avis des Compagnons : ce ḥadîṯ souffre en effet d’une grande confusion, ses rapporteurs ne sont pas connus pour leur science ni pour leur rigueur, il contredit ce qui est fermement établi et notoire des Compagnons, et les gens de science se sont accordés à ne pas le suivre. Ce qu’il a présenté comme une critique du ḥadîṯ de Laylâ est donc, à plus forte raison, une critique recevable à l’encontre du ḥadîṯ de ʿUthmân.
Au demeurant, tout ce que l’on peut dire est que ni l’un ni l’autre n’est authentifié ; rien n’est donc solidement rapporté des Compagnons – qu’Allâh les agrée – au sujet du serment conditionné par l’affranchissement : ni l’obligation de l’exécuter, ni l’avis selon lequel il impliquerait une expiation, pas plus qu’il n’est établi d’eux quoi que ce soit de semblable concernant le serment lié au divorce.
Quant aux Tâbiʿîn, il est avéré, par de multiples chaînes solides – comme il a déjà été exposé –, qu’ils ont divergé sur le serment conditionné par l’affranchissement ; la divergence à propos de l’affranchissement est donc démontrée, et c’est là l’objectif(3), puisque l’intention est de montrer que la communauté n’a pas fait l’unanimité sur le caractère obligatoire de l’affranchissement juré. Dès lors que la divergence est confirmée, soit chez les Compagnons, soit, à défaut, chez les Tâbiʿîn, le but est atteint.
Faute de consensus, toute question sur laquelle les musulmans sont en désaccord doit être renvoyée à Allâh et à Son Messager.
Par ailleurs, l’argument qu’il avance – à savoir que l’on ne se serait pas attaché à transmettre les vestiges (âthâr) parce que « le problème de rapporter les doctrines des savants est mineur » – lui ferme la voie de la connaissance de l’unanimité des savants. En effet, si, à ses yeux, l’opinion d’un, de deux ou de trois Compagnons n’est pas établie, alors même qu’elle est transmise par des chaînes célèbres et continues, comment l’opinion de chacun des savants parmi les Compagnons, les Tâbiʿîn ou leurs successeurs pourrait-elle être établie pour lui, puisqu’il ne possède aucun isnâd pour la majorité d’entre eux ? Tout au plus dispose-t-il de quelques transmissions concernant certains d’entre eux, et la plupart de ces transmissions sont d’un degré d’authenticité inférieur à celles-ci ; et ce que