Quant à Ibn Lahîʿa et à ceux qui lui ressemblent, il serait tout à fait permis de se renforcer par sa transmission et de la prendre en considération auprès des gens de science du ḥadîth comme auprès des autres. Il ne sied d’ailleurs à aucun esprit raisonnable de contester cela, car nul homme sensé ne doute que la présomption (ẓann) se fortifie (1) lorsqu’un autre narrateur vient corroborer le propos, pourvu que l’on ne connaisse à ce second narrateur ni erreur ni mensonge.
C’est pour cette raison que le tawâtur s’établit par la multiplicité des rapporteurs, quand bien même seraient-ils mécréants ou pervers (2). De même, la majorité des fuqahâʾ admettent (3) le témoignage des débauchés, des enfants et des femmes comme indice probant (luwth) (4) dans certaines affaires. L’imâm al-Bukhârî – l’auteur du Ṣaḥîḥ (5) – fait d’ailleurs figurer, dans son ouvrage, le suivi (mutâbaʿa) de narrateurs qui ne remplissent pas, par ailleurs, les conditions d’argumentation de son Ṣaḥîḥ (6), car cela renforce et appuie [81/a] le ḥadîth (7).
Dès lors, puisque Jisr ibn al-Ḥasan est l’un des shaykhs de Baṣra et que nous ne connaissons personne qui l’ait discrédité, il est plus adéquat de se prévaloir de sa transmission et de sa corroboration de Sulaymân al-Taymî que de s’en remettre, pour contester al-Taymî, à un narrateur tel que ʿUthmân ibn Ḥâḍir, qui est peut-être l’égal de Jisr, ou bien inférieur, ou tout au plus proche de lui. Chercher un appui auprès de narrateurs de cet ordre est donc préférable au fait d’utiliser leurs récits pour opposer quoi que ce soit à la narration des transmetteurs fiables et précis.