Al-Radd ʿalā al-SubkīIbn Taimiya

Abû Hurayra rapportait des hadiths en affirmant :

« J’ai retenu du Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — deux besaces ; quant à l’une, je l’ai largement diffusée parmi vous, tandis que l’autre, si je la diffusais, vous m’entailleriez la gorge » (1)(2). Or, dans cette besace, il n’y a rien qui touche aux prescriptions ou aux fondements de la religion ; elle ne contient que des récits relatifs aux grandes batailles eschatologiques et aux épreuves.

L’intention est la suivante : il arrive qu’un traditionniste s’abstienne de rapporter certains propos, par crainte du tort qu’ils pourraient lui occasionner. Nous n’avons pas dit que, dès qu’une question fait l’objet d’une divergence, tous se sont abstenus d’en relater les textes ; au contraire, celui qui ne craint pas — soit parce que l’avis en question est déjà répandu, soit parce qu’il ne serait pas inquiété s’il s’y oppose, ou encore parce qu’on ne lui ferait aucun reproche s’il le rapporte — continue de transmettre ce qu’il en sait, et ainsi de suite.

En résumé, nous n’affirmons pas de façon catégorique que l’abandon (de la transmission) ait eu pour cause ce motif précis ; cela reste une hypothèse. Nous avons d’ailleurs rencontré divers exemples analogues : il arrive qu’un terme figurant dans le hadith heurte certaines personnes, si bien que le narrateur l’omet, soit de façon absolue, soit dans certaines situations.

Bakr ibn ʿAbd Allâh a rapporté ce hadith à plusieurs reprises ; il se peut qu’il l’ait quelquefois transmis intégralement et d’autres fois de manière abrégée — chose fort courante, elle aussi —, détaillant le hadith pour certains auditeurs et le condensant pour d’autres (3).

(1) Rapporté par al-Bukhârî (n° 120) ainsi : « J’ai préservé du Messager de Dieu (paix et salut sur lui) deux recueils ; quant à l’un, je l’ai diffusé, et quant à l’autre, si je l’avais diffusé, cette gorge (pharynx) aurait été tranchée. » (2) Le copiste a inscrit en marge : « Note : selon al-Bukhârî, al-balaʿūm désigne le conduit alimentaire. » Je n’ai pas retrouvé cette mention dans l’édition imprimée du Ṣaḥîḥ ; elle n’apparaît que dans la recension d’al-Ḥumaydî, al-Jamʿ bayna al-Ṣaḥîḥayn (t. 3, p. 148). (3) Mot illisible, le sens reste incertain ; j’ai proposé la lecture la plus vraisemblable.
وقد كان أبو هريرة يحدِّث بأحاديث يقول: حفظت عن رسول الله - صلى الله عليه وسلم - جرابين؛ أما أحدهما فبثثته فيكم، وأما الآخر فلو بثثته لقطعتم مني البلعوم (١) (٢) ، وذلك الجراب وإن لم يكن فيه شيء من الأحكام وأصول الدين، وإنما فيه ذكر الملاحم والفتن. فالمقصود: أَنَّ المحدث قد يترك التحديث بأشياء خوفًا من أذًى يلحقه، ولم نَقُلْ أَنَّ كل مسألة فيها نزاع تَرَكَ كُلُّ الناس ما روي فيها، بل يَرْوِي ما فيها مَنْ لم يخف لظهور القول بذلك، أو لكونه لا يُؤذى إذا خالف ذلك، أو لا يُنكر عليه إذا حَدَّث به ونحو ذلك. وفي الجملة؛ فنحن لا نجزم بأنَّ الترك كان لهذه العلة، بل هذا أمر محتمل، وقد رأينا لهذا نظائر متعددة، يكون في الحديث لفظ يمنع منه بعض الناس، فيترك الراوي ذكره؛ إما مطلقًا وإما في بعض الأحوال. وبكر بن عبد الله قد حَدَّثَ بهذا الحديث مرات؛ فلعله تارة كان يستوفيه وتارة يختصره، فإنَّ هذا يقع كثيرًا ــ أيضًا ــ؛ وإنما (٣) كان يستوفيه لبعض الناس ويختصره لبعضهم.
(١) أخرجه البخاري (١٢٠) بلفظ: (حفظتُ من رسول الله - صلى الله عليه وسلم - وعاءين؛ فأما أحدهما فبثثته، وأما الآخر فلو بثثته قطع هذا البلعوم). (٢) كتب الناسخ في الهامش: (حاشية: قال البخاري: البلعوم: مجرى الطعام). ولم أجد في المطبوع من الصحيح هذه العبارة، وإنما نقلها الحميدي في الجمع بين الصحيحين (٣/ ١٤٨). (٣) كلمة غير واضحة تحتمل ما أثبتُّ.

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