Abû Hurayra rapportait des hadiths en affirmant :
« J’ai retenu du Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — deux besaces ; quant à l’une, je l’ai largement diffusée parmi vous, tandis que l’autre, si je la diffusais, vous m’entailleriez la gorge » (1)(2). Or, dans cette besace, il n’y a rien qui touche aux prescriptions ou aux fondements de la religion ; elle ne contient que des récits relatifs aux grandes batailles eschatologiques et aux épreuves.
L’intention est la suivante : il arrive qu’un traditionniste s’abstienne de rapporter certains propos, par crainte du tort qu’ils pourraient lui occasionner. Nous n’avons pas dit que, dès qu’une question fait l’objet d’une divergence, tous se sont abstenus d’en relater les textes ; au contraire, celui qui ne craint pas — soit parce que l’avis en question est déjà répandu, soit parce qu’il ne serait pas inquiété s’il s’y oppose, ou encore parce qu’on ne lui ferait aucun reproche s’il le rapporte — continue de transmettre ce qu’il en sait, et ainsi de suite.
En résumé, nous n’affirmons pas de façon catégorique que l’abandon (de la transmission) ait eu pour cause ce motif précis ; cela reste une hypothèse. Nous avons d’ailleurs rencontré divers exemples analogues : il arrive qu’un terme figurant dans le hadith heurte certaines personnes, si bien que le narrateur l’omet, soit de façon absolue, soit dans certaines situations.
Bakr ibn ʿAbd Allâh a rapporté ce hadith à plusieurs reprises ; il se peut qu’il l’ait quelquefois transmis intégralement et d’autres fois de manière abrégée — chose fort courante, elle aussi —, détaillant le hadith pour certains auditeurs et le condensant pour d’autres (3).